Couleurs

Bords de Loire, bords de Cher, vélo.

Le bleu oublié du martin-pêcheur, bleu scintillant; le ventre jaune vif d’un oiseau dont j’ignore la couleur des ailes; les papillons citron, les petits blancs, les chamarrés qui commencent à sortir; le vert des blés en herbe; le printemps éternel des aquarelles.

Pour un peu, on sortirait les pinceaux.

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Petit défi

Ma fierté d’aujourd’hui est d’avoir relevé un petit défi : j’ai pris le train de Tours jusqu’à Amboise; j’ai emporté mon vélo; j’ai fait les 33 kilomètres de l’itinéraire « La Loire à vélo » sur sa portion qui va de la gare d’Amboise à la ville de Tours.

Je songeais à Montaigne : je roulais pour rouler, et ne faisais que rouler en roulant. J’ai regardé les eaux limoneuses, j’ai traversé les vignes, séduite par la diversité des paysages. Le ciel était bleu. J’ai bu un Perrier-rondelle (un vrai truc de parisienne, a dit le cafetier). J’ai fait de la balançoire au milieu des vignes, pour me reposer.

Et ce petit temps d’égoïsme pur, suspendu dans l’air du temps, était bien là pour moi la route la plus simple vers un moment de bonheur. Le monde allait très mal, mais moi, la conscience dans les cuisses, le bec sec semblable à celui du héron, mais bien sûre de trouver de retour chez moi à boire et à manger, j’ai profité de ma chance. Et ne me suis même pas dit que mon après-midi de vélo contribuait  l’équilibre en bonheur et malheur du monde. Non : j’ai vécu, tout simplement. Petit défi de la journée.

Les mufles sont de sortie aux premiers rayons de soleil

Nous allons prendre un verre, Grand Blond et moi, chacun son travail sous le bras, histoire de changer de décor, zinc et tables en bois. Lorsqu’après m’être éclipsée discrètement quelques minutes, je reviens dans la salle, tranquillement, je me fais arrêter d’un bonjour, d’un sourire insistant, venu d’un visage inconnu, je hoche vaguement la tête pour être polie, puis un geste qui m’arrête, par le bras, insistant. Je me dégage, retourne m’assoir. Le type sans un regard pour moi, s’approche, et déclare au Grand Blond : – Excuse-moi, les filles qui sont en couple, moi, j’y touche pas, je suis un bon gars, je fais pas d’histoires. Le Grand Blond répond : – Mais, et elle? Puis, devant l’incompréhension, ajoute : – C’est une fille, et les filles, elles sont toutes pareilles? Réponse : – Oh, moi, je suis célibataire, alors j’essaie, voilà… Conclusion : – Ma grande, tu vois, tu es vraiment un objet. Eh oui. Sorry.

Quand on pense que je ne suis plus du tout susceptible de lire « jeune et jolie », comme genre de magazine, je soupire en pensant à ce qu’endurent les jeunes filles. Et là, aux rayons enfin du soleil, quand je circule sereinement à vélo, je me fais alpaguer, complimenter (« Ah, ça c’est joli à regarder »), moquer (« C’est ça, fais-toi la cuisse pour l’été, pédale! »). J’ai toujours eu du mal à supporter cela. Si quelqu’un a un truc… Les mufles se taisent davantage, l’hiver, non?