Train, défaite, victoire, défaite, victoire, juridiction

Dans le train, nous avons passé un voyage très agréable, en bonne compagnie : même si elle n’a pas pu vraiment travailler, la jeune fille qui était avec nous, son compagnon un siège plus loin, tout ce petit monde a passé un bon moment, de ceux que crée une sorte de connivence. J’espère vraiment qu’elle aura son concours, sa juridiction, enfin quelque chose de cet ordre.Tout ça sentait la prépa parisienne; en quelque sorte, chez moi. Cette bonne humeur. Nous avons dessiné les maisons de nos rêves; nous avons joué à la belote, ma fille et moi; j’ai perdu toutes les parties, et j’ai écrit ce poème, pendant qu’elles improvisaient (ma fille, et la jeune fille) sur leur thème : la victoire. Moi, j’ai versé dans un autre temps, et décidément les cartes ne voulaient pas me servir de valet. D’où le texte suivant :

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La défaite

La défaite est le lieu de l’ultime conquête,

la saveur du néant. Ô Pindare, sur les rails

anciens, qui nous menaient à l’Olympe, trompettes!

Ô virils échos vieux! Ô palmes, éventails!

Aujourd’hui l’on oublie l’or mort de la victoire,

Et l’on laisse au passé les cornes en ivoire.

 

Je passerai, soumise au rien, soumise au vent,

dans l’ancien temple vide aux échos du tourment,

sur la trace effacée des antiques géants,

j’apprendrai à mourir jusqu’à la nuit des temps.

Ici Paris, récit

Puis hier de partir sous le ciel bleu du soir. De rouler lentement le long des vieux trottoirs. Et de rejoindre l’autoroute, et de rouler. Le ciel devint violet, puis bleu sombre. À l’arrière des camions un rectangle jaune ou orange se détachait,  cataphote.

La nuit devint noire. Quelques éoliennes la déchirèrent. En arrivant près de la capitale,  le ciel se teinta de violet à nouveau. La nuit était morte avant l’heure. À Orly, les avions passaient, blancs à l’exception d’une brillance verte au bout de l’aile droite, rouge à gauche. Plus loin, on ne voyait plus de ciel en restant au volant. Il fallut descendre de voiture et regarder exprès le ciel.

 

 

 

L’épuisement

MorescoLa dernière fois que j’ai pris le train, j’ai lu ce livre-là, sur les conseils du Libraire. Antonio Moresco, La petite lumière.

Bon conseil. Bon choix. Livre intriguant et qui ouvre des images et des idées, au lecteur de frapper à la porte, d’écouter, de respirer en accord avec le flux des mots, de cheminer. Et ce constat d’à quel point nous sommes épuisés, à quel point c’est fatiguant, les travaux, les jours. On continue. On recommence. On n’achève pas tout à fait.

Je suis épuisée. C’est avec ce prisme tout personnel que je perçois tout autour de moi. Même un bon livre qui parle plutôt d’autre chose. Ou de cela. D’à quel point on peut trouver cela lassant, d’avoir à se défendre de tout : les gens, les jours, les lessives, les lettres à tracer et les recommencements.

Je suis épuisée, avec un arrière-goût d’enfance et un avant-goût de comment ce sera, la vieillesse. Celle où les orteils ont du mal à nous porter. Ces temps charmants où l’on s’endort n’importe où, dans n’importe quelle position. Je n’ai plus l’âge de cette grâce, et pourtant je m’endors, sur tapis, sur livre, sur canapé. N’importe où.

Mais il faut lire Antonio Moresco. Comme ça, on ne se laisse pas mourir tout à fait.