Etapes

Les cheveux courts, s’invitent à moi, c’est vrai, quelques minutes supplémentaires. Au fond du bus, d’un coup, se dégage le temps d’un trajet, pour écrire ici. Cocasse urgence confinant à l’absurde, j’ai versé mon café dans la petite thermos, et bu le chaud breuvage qui signale la vie, signe épicurien des temps modernes, confer Ailes du désirfilm vieux dont je me demande s’il a bien vieilli, revu Brazil il n’y a pas longtemps, dans les classiques des années 90, et le propos tient – j’avalais donc ce café en observant comment, tandis que, symptômes de ma bourgeoisie consciente, bus écolo, café, manteau, contrastaient avec la fragilité sociale et, sans doute, psychologique, de la mère qui faisait tourner son moteur pour réchauffer son fils gras avant que le bus n’arrive, tandis que les autres passagers respiraient l’air froid quelques minutes et semblaient ne s’en porter que mieux.

L’inquiétude politique vient assurément de ce que le fossé s’élargit. Bon sens, es-tu la chose du monde la mieux partagée ? J’en doute.

Je me suis attelée à la Rhétorique d’Aristote. Curieuse idée, tant c’est ardu, si l’on veut suivre le chemin mental de l’intérieur. Avec son souci constant de fondateur, traçant la frontière entre la logique, qui relève de la raison, et la rhétorique, qui a pour champ d’action les émotions, voici notre penseur qui s’engage courageusement dans le tri, prend le démêloir, et voudrait défaire les noeuds de la pelote émotionnelle. J’admire.

Train, défaite, victoire, défaite, victoire, juridiction

Dans le train, nous avons passé un voyage très agréable, en bonne compagnie : même si elle n’a pas pu vraiment travailler, la jeune fille qui était avec nous, son compagnon un siège plus loin, tout ce petit monde a passé un bon moment, de ceux que crée une sorte de connivence. J’espère vraiment qu’elle aura son concours, sa juridiction, enfin quelque chose de cet ordre.Tout ça sentait la prépa parisienne; en quelque sorte, chez moi. Cette bonne humeur. Nous avons dessiné les maisons de nos rêves; nous avons joué à la belote, ma fille et moi; j’ai perdu toutes les parties, et j’ai écrit ce poème, pendant qu’elles improvisaient (ma fille, et la jeune fille) sur leur thème : la victoire. Moi, j’ai versé dans un autre temps, et décidément les cartes ne voulaient pas me servir de valet. D’où le texte suivant :

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La défaite

La défaite est le lieu de l’ultime conquête,

la saveur du néant. Ô Pindare, sur les rails

anciens, qui nous menaient à l’Olympe, trompettes!

Ô virils échos vieux! Ô palmes, éventails!

Aujourd’hui l’on oublie l’or mort de la victoire,

Et l’on laisse au passé les cornes en ivoire.

 

Je passerai, soumise au rien, soumise au vent,

dans l’ancien temple vide aux échos du tourment,

sur la trace effacée des antiques géants,

j’apprendrai à mourir jusqu’à la nuit des temps.

Ici Paris, récit

Puis hier de partir sous le ciel bleu du soir. De rouler lentement le long des vieux trottoirs. Et de rejoindre l’autoroute, et de rouler. Le ciel devint violet, puis bleu sombre. À l’arrière des camions un rectangle jaune ou orange se détachait,  cataphote.

La nuit devint noire. Quelques éoliennes la déchirèrent. En arrivant près de la capitale,  le ciel se teinta de violet à nouveau. La nuit était morte avant l’heure. À Orly, les avions passaient, blancs à l’exception d’une brillance verte au bout de l’aile droite, rouge à gauche. Plus loin, on ne voyait plus de ciel en restant au volant. Il fallut descendre de voiture et regarder exprès le ciel.