A la faveur des trains manqués

Je vais lire en prenant plus de notes. Dans les livres et dans le monde. Par exemple, aujourd’hui, je me suis promis de noter ici que sur l’horloge de la cathédrale d’Orléans, il y a écrit : NEC PLURIBUS IMPAR : elle n’est pas différente des autres, cette minute. (Mais je sais aussi que c’est la devise de Louis XIV, qui lisait « impar » un peu plus ironiquement.)  Qu’il y a quatre statues sur le portail, et à gauche, un homme tenant un livre ouvert, dont j’aime le geste, le drapé, le regard majestueux et humble sur le livre. Qu’il y a deux rosaces, une plutôt jaune et l’autre orangée. Que cela change des bleus habituels. Et aussi un tombeau, dans la cathédrale. Une jeune femme est morte, et « elle crut qu’en mourant elle cesserait de vivre pour renaître dans un monde meilleur ». C’est la tristesse du père, de l’époux, des enfants. Est-ce aussi, au coeur même de l’édifice, un doute ?

Du jaune dans la vie moderne

ligne tgv

Cette photo a été prise depuis la ligne Tours-Bordeaux, jeudi 27 mars, en longeant près de Poitiers le grand pont en construction pour que la ligne soit effectivement à très grande vitesse. Je voulais repérer le pont des suicides qu’évoque François Bon ici. Le texte m’avait assez marquée pour que je sorte l’appareil photo et guette le passage près des grands pans de béton. Je voulais vérifier, être sûre de mes doutes.

J’ai attendu cette nuit pour regarder les photos. Et je suis frappée par l’omniprésence du jaune. Le jaune des appareils de chantier. Le jaune des futures fleurs des buissons sauvages. Celui des lumières du train, celui de nos reflets.

Le jaune attire l’oeil et nous rend impatient. Le jaune se voit très bien de loin. Je n’imagine pas, sans lui, un univers urbain; concentrant l’attention, ce qui reste de couleur.

Et puis le simple bleu du ciel.

Train, taxi, train

Trajet en train. Enfants. Regards en coin, de carré en carré, jauge sociale, même âge. Acquiescements adultes. Partage de coloriages.
- Vous jouez ensemble, moi je bouquine.
Surprise de la petite voisine de carré : – Mais t’as pas de livre!
Explication de mon bonhomme : – Ce n’est pas un livre, c’est mille livres.

« Mille livres », nouveau surnom de mon Kindle. Merveille de la technologie (de fait, il doit y avoir à peu près ça, maintenant).

Lu « En taxi dans Jérusalem », des petites chroniques, c’était bien.

Lu « La vie de César » de Suétone, aussi. En bateau-taxi, il se fait prendre par des pirates, se dirigeant vers Rhodes. Promet aux pirates de les mettre en croix, s’il les chope. Les chope. (Il est fort et agile, César, robuste surtout, et il a des alliés partout où il va, en impose). Est indulgent. L’indulgence de César. Se décide à les étrangler, afin de les mettre en croix seulement une fois morts. Plus doux. Ce n’était que des pirates, après tout.

J’ai envie d’écrire cette histoire. N’est-ce pas un conte pour enfants?