Variation

ComédieFrançaisePasser au même endroit à quelques jours d’intervalle : un soir, tard, pour un rendez-vous au Nemours avec la vieille amie; quatre soirs plus tard, avec l’enfant et l’ancêtre, pour aller à la Comédie. S’étaient ajoutés une grue et quelques tas de sable, derrière les panneaux du chantier.

Puis changer de théâtre.

Changer les gens autour qui cette fois indiffèrent presque au sens où se promener à leur côté n’a que l’épaisseur du présent.

En la vie comme en musique apprécier pour ce qu’ils offrent d’écho et de profondeur les refrains et les répétitions.
Savourer les légères nuances du rituel.

 

Au théâtre ce soir

Une place pour « Lucrèce Borgia » obtenue à la dernière minute, quand une vieille dame a eu la bonne idée de venir échanger sa place, veille de spectacle, au comptoir où je m’abonnais, le nez au-dessus du programme, espérant vaguement que ce temps donnerait l’occasion à une vieille dame de venir redonner juste une place libre à ce spectacle aux dates complètes, toutes, rien à faire (sauf espérer).

Marina Hands est une actrice un peu spéciale à mes yeux. En 2006, j’avais lu « Tête d’or », de Claudel, et rien compris; jusqu’à ce que je la vois incarner la Princesse, sur scène, au Vieux-Colombier. Et d’un coup, la souffrance de la Princesse a pris corps, et son rôle s’est envolé comme un oiseau qui dessinerait dans le ciel. J’ai vu.

Elle a une façon bien à elle de jouer des ailes. Elle joue jusqu’au bout des doigts, elle écarte les bras, elle danse. Sa voix parcourt toutes les notalités. C’est une actrice- partition. Lucrèce Borgia lui va bien, tous les cris et tous les chuchotements.

J’ai vu cette pièce il y a longtemps, à la Comédie-française, je me souviens encore des lourdes draperies bleu roi. Il y avait un drôle de dispositif scénique, avec un balcon. Dans mon souvenir, l’actrice était rousse, pesait lourd, un peu comme une cantatrice, c’était beau et lourd, je me souviens que j’avais pleuré, dans un mélange d’émotion (tout de même) et de saturation (trop de bleu et de roux). Là, j’ai pu apprécier le murmure de la réplique finale. Il y avait de la finesse, une certaine tenue jusque dans l’absence de retenue : nette préférence pour la version 2013, par rapport à la version, probablement 94 ou 95, dont je me souviens.

Hugo : le rouge. L’écriture rouge, celle qui vit, avec ses excès, son sang, sa fièvre. Héros.