Plaisir du jour : merci Léa

Aujourd’hui, c’est la journée des droits de la femme (chose que personne n’ignore), et mon bonheur ce fut (quoique la journée ne soit pas encore finie!) de voir ce court-métrage, une demi-heure de film de Léa Toto.

Un film qui convoque l’écho du personnage de Véronica, dans La maman et la putain, de Jean Eustache, un film où Léa ouvre la parole à sa mère, à ses amies et amis de tous les âges, et nous demande où nous en sommes aujourd’hui, comment nous envisageons cela que nous nommons l’amour.

Rien que ça. Il faut visionner le film, là. Maintenant. Tout de suite.

« Faits, sur la scène intérieure » Marcel Cohen

Surprise de la douceur de ces récits. Des objets, des souvenirs, une attention soutenue au lisse d’un coquetier au bois vieilli et fendillé, un souci des odeurs : la vie perdue reprend sens. L’eau de Cologne, la quête d’un parfum, se fait microcosme représentatif d’une façon plus large de s’offrir à la vie, d’aimer les siens.

Pourtant, je suis entrée dans ce livre avec une moue dubitative, le sourcil interrogateur. C’était un soir, à la Librairie, cet auteur venait. La curiosité, le plaisir de se confronter à d’ardentes idées, remède à l’ennui, m’ont poussée à prendre mon vélo, un soir pas trop pluvieux, l’attacher à du mobilier urbain (petite grille, poteau, réverbère), entrer là où quelque chose allait peut-être se dire. Un homme s’attachait à narrer avec précision des faits, qui se rapportaient à sa famille, à ses parents et sa petite soeur morts en déportation, à l’enfant de cinq ans et demi qui était allé se promener au parc Monceau et qui n’avait pas été arrêté. Il était émouvant.

Il décrétait que le roman était mort. Il disait que la fiction n’apportait rien. Il n’arrivait pas bien à justifier cette idée, si ce n’est à cause du changement d’époque, de l’air du temps, ou en convoquant Joyce comme un grand fantôme noir, prédateur de toute ligne s’aventurant, après lui, sur le cimetière décharné de l’imagination. Il ne voyait pas qu’il devait se sauver avant tout lui même, en s’accrochant à un coquetier vieilli, en le considérant comme seul objet valable de toute notre attention. Il était doux et un peu têtu. Il sentait l’eau de Cologne, l’odeur citronnée des premiers attachements.