Zinzoline, Numéro 9; et les écritures communes

La Revue Zinzoline n° 9 est en ligne, en lecture gratuite; j’aime que les textes se répondent et se partagent; à partir de la page 60, nous sommes plusieurs à avoir écrit à partir de la phrase « J’attendais que la pluie vienne », une phrase de Jean-Luc Lagarce (ou pas, ça se réapproprie, une phrase); y ont aussi contribué Angèle Casanova et Marianne Desroziers, et comme cette revue en ligne prend corps tous les deux ans à la Citadelle de Blaye, nous nous y rencontrerons les 27 et 28 février 2016, nous animerons des ateliers, nous lirons, nous échangerons, entre nous, entre ceux qui participent à cette revue, et avec celles et ceux qui viendront : prenez date! Et surtout, feuilletez le reste de la revue : ça donne envie!

J’aime cet esprit collectif et cette ébullition, l’émulation saine et joyeuse – ça n’empêche pas d’écrire à part, pour soi, par devers soi – et suis contente aussi de démarrer à nouveau un atelier d’été, une troisième session avec François Bon sur son site du Tiers Livre. Je vais créer une petite catégorie d’articles à part, pour voir ce que ça donne. Fantastique, c’est le mot. Plus j’écris, plus j’écris; maelström.

J’ai l’impression de laisser libre cours à des textes qui sont à l’image de cette fleur, symbole d’estime et de fidélité. Mais c’est aussi une fleur sauvage, qui pousse un peu n’importe où, se multiplie à l’envie. S’adapte à tous les sols. Mon écriture, je ne vous l’avais pas dit? c’est une marguerite.

Zinzoline

J’ai donc lu la revue Zinzoline n°8.

C’est assez logique que je sois curieuse de découvrir à côté de qui, en mélange de qui, vu qu’il y a une rubrique « Sur les traces d’Alice Scaliger », mais je l’avais déjà lue en avant-première, celle-là.

Il y a, vers la fin de la revue, des portraits d’oiseau. J’aime particulièrement le portrait de l’aigle. Ce serait quelqu’un, un cousin américain, qui habiterait dans un ranch, et la nuit, il écrirait des poèmes à ses vaches et à ses chevaux. L’oiseau jaune est un autre cousin, plus proche.

Il y a des photos de chevaux; d’autres d’une artiste au travail, dans son atelier; et puis, non pas le mouvement mais son résultat, des images de galets ramassés sur une île, qui pensent.

Il y a un poème où le mot « libre » fait office de colonne vertébrale, qui fait écho en ces jours-ci; un autre où s’étire le mystère des yeux zinzolins.

Il y a de vieilles factures que des dessins rouges et gris viennent recouvrir, comme les songes ou la mer.

Il y a plus de deux cents pages à feuilleter, au coin des soirs et des dimanches.

Anatomie (Lagarce au coeur)

J’étais dans ma maison, et j’attendais que la pluie vienne. Et mon cœur était rouge et c’était ma maison. J’habitais une artère où il ne pleuvait pas. De battre j’avais chaud. L’eau se refusait. Assise sans larmes dans mon cœur, sur l’oreillette qui palpite en divan, je devenais carmin, et pourpre, et zinzolin. Torture et fioriture. Assise dans le sombre de mon cœur, par mon propre sang emportée.

Juste la fin du monde

Malgré tout je pris ce risque, comme parfois, malgré tout, on se décide à la survie quand l’horizon décline, devant un danger extrême, imperceptiblement, comme on ose bouger parfois. Je me levai. Il fallait lutter dans le flot de mon sang pour ne pas vaciller. Malgré tout, l’année d’après, je serai encore la vie même. Produire un humain vivant est plus complexe et plus risqué qu’un cosmos ou un papillon, moins long qu’un éléphant. J’étais debout dans mon cœur et je l’écrasai du talon.

L’année d’après, malgré tout, la peur. J’étais dans ma maison et le sang de l’instant. Je ne pouvais plus penser l’année d’après ni un quelconque espoir. Mon ventre était une gare. Il en sortait des morts il y venait des vivants. Mais l’eau se refusait. La gare était rouge, et j’étais assise dedans. De l’oreillette je me laissai glisser au ventricule. J’étais un train carmin, et pourpre, et zinzolin. Et tous ces trains passaient et je restai la gare. Je m’endormis.

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne. C’était aussi terrible que féminin. Ou, j’avais compris qu’il y a une fin au monde.