Fil

J’ignore dans quelle réalité j’ai abandonné mes rêves.

Ces rêves sont perdus, ou tiennent à un fil.

Le son en est ténu tant la corde est tendue.

Dans le froid de l’hiver la harpe de mon coeur

A cet unique fil rend le déchirement

Aigu et brave du désenchantement.

Incertitude

Préférerai-je

à l’avenir flou

un présent couleur de granit

Préfèrerai-je au rose

passé

le gris despote où se fond la couleur

Préfèrerai-je

à l’unique rose au rosier

aux pétales tremblants dans la dernière lumière

à la solitude du bourgeon qui sort à la fin de l’été

trop tard

Saurai-je préférer la détresse de ce jaune sombre, de ce rose vieux, dans la lumière du couchant

à l’assurance froide du rocher qui rien n’abat, ni vent ni marée, cette pierre noire qui fait face au vent, si solide qu’elle en semble éternelle

Aurai-je le courage de préférer, un jour

l’incertitude

 

Un dimanche et 600 pages plus tard,

j’ai envie de vivre (comme d’habitude, un petit peu plus seulement).
Parce que j’ai lu Kafka sur le rivage, de Murikami, et que cette lecture peut produire cet effet.Décontenancée par les premières pages, j’ai mis cinq ou six fois à tremper le bout des orteils dedans, et puis hop! j’ai plongé.

Dans ce livre, on apprend les repas de personnages par le menu. On connaît leurs trajets et la marque de leur voiture. Un réalisme utile pour nous tenir par un fil invisible, un peu de sécurité pour s’envoler haut, très haut, très loin, très au creux de la forêt, dans un tourbillon qui dans son brouillard fait sens.

C’est une lecture-expérience.