Ai-je un monde?

Ai-je un univers? Quelle est sa cohérence? Qu’est-ce que je pense, sinon du désordre?

EchaloteCarpeDiem

Période où je ne parviens pas à faire autre chose que patauger; c’est pourquoi je travaille Monsieur Echalote, à qui j’ai délégué mon besoin de cohérence. C’est un animal sympathique, dont les proportions dépassent l’univers, un Micromégas, et son regard surplombant et avisé me rassure.

Parfois, j’observe les fans; en ce moment, on en voit beaucoup sur les écrans et dans les rues, les fans de Boulez et ceux de Bowie, par exemple. Leur talent est de déceler deux ou trois traits, de résumer les figures et modèles, d’en tirer la quintessence. Est-ce que c’est ça, le truc en plus, ou peut-être l’errance en moins, l’arrachement aux doutes enfin supprimés à force de travail et de recherche de cohérence? Est-ce ainsi qu’on bâtit les mondes, les romans, les maisons?

Bien sûr qu’écrire c’est (re)donner une cohérence à un monde indéchiffrable et illisible. Mais il se trouve que je n’y vois pas clair, et que je n’écris que par bribes.

Il y a Monsieur Echalote. Je m’accroche à mon petit personnage. Il sait beaucoup de choses que je ne sais pas. J’ai une trentaine de dessins d’avance, réalisés tout ce mois dernier, plus ou moins fructueusement, au fil des jours. Un rythme de deux à trois par semaine me semble pertinent, car il faut que je reprenne les dessins. Ici, par exemple, le premier modèle, qui a un mois exactement. Joyeux moisiversaire, Monsieur Echalote!

Accélération (enjeu)

Un petit ange et un petit diable se battent en duel.
Le petit ange, sérieux, s’écrie : Persévère! Accélère! C’est là qu’est l’enjeu. Tu dois apprendre à écrire plus vite, pour rester d’un bout à l’autre sur cette ligne tendue qu’est l’idée, à marcher sur le fil avec ton ombrelle. Ta vie t’oblige à redescendre sans cesse sur le bitume, et c’est épuisant d’ensuite remonter. Alors apprends à écrire vite.

Le petit diable répond : Regarde ton ombre sur le sol, l’ombre chinoise d’un corps déformé, sur le bitume, en bas? Redescends vite, c’est là qu’on t’attend. Ne projette pas trop longtemps parmi ceux du bitume cette ombre ridicule, ou alors tu le paieras cher. Qu’importe si tu mets des années à remonter, de temps en temps, t’entraîner à faire quelque pas. Es-tu sûre qu’il y a quelque chose au bout du fil, de toute façon?