L’abord du froid

Au début ça fait mouche. Mais c’est un bourdonnement blanc.

Au début ça fait tache. Mais ce n’est pas une tache de café. C’est blanc.

Ça peut se décrire aussi comme un picotement ou une morsure. Mais sans insecte dans le silence blanc.

Alors comment?

Arbre du renouveau

Arbre du renouveauL’arbre tombé est plus blanc que les autres. L’arbre tombé est la cachette des animaux les plus petits. Dans la neige, loin des pistes, on peut distinguer les traces des sauts des mouflons, et des chamois aussi, qui finissent par laisser une piste large d’un pas, arrivant à une petite zone plate où ils boivent l’eau fraîche du ru, c’est un mot qu’on emploie peu mais là il fait sens, c’est celui qui vient : un peu d’eau qui arrive en toute petite cascade, ni un torrent encore moins un ruisseau, mais ce surgissement sautillant dans la neige, un ru. Près de l’arbre, ce sont d’autres traces qu’on observe : les bonds des lièvres, et d’autres traces plus petites encore, celles des animaux qui se dépêchent de se mettre à l’abri avant le sommeil, la neige est fraîche, la première grande chute date d’une petite semaine, le soleil est encore là, les rigueurs de l’hiver véritable sont encore à venir. Les campagnols se fraient des chemins minuscules, vers l’arbre tombé, ils ne dormiront pas, ils commencent leurs galeries sous la neige, au ras de sol, ce sont de vraies villes et il ne faut pas les déranger, les hardis bâtisseurs. Les hérissons, les plus prudents, les plus fragiles, dorment déjà, aux premiers frimas. Et l’arbre mort est l’abri attentif et sûr.

Je n’arrive pas à trouver de source sûre sur l’origine du mot « abri », si ce n’est qu’il apparaît en français dans les années 1170. Alors je crois qu’il dérive du mot arbre. Et qu’ici se fêtent tous les cycles, tous les voeux, et toutes les protections.