Saudade

Nostalgie des vacances que j’aurais rêvées et qu’il faudra continuer à rêver. Ici, c’est le pays du temps qui presse; oui, il faut se dépêcher. J’aimerais lire et il faut partir, j’aimerais dormir et il fait se lever; j’aimerais me lamenter mais si, je suis plutôt satisfaite de ma vie (non point tout à fait heureuse, quel humain peut se dire heureux, à moins de l’avoir décidé et posé là comme une pétition de principe, un choix stoïcien ou bouddhiste) – et tout en ironisant sur l’absence de douleur des petits choix que j’opère en permanence, puisque vivre sa vie c’est d’abord renoncer à toutes les autres, tout en mettant cela à distance et même en essayant de prendre du recul avec la peur de mourir, le voeu idiot d’être morte, les accès de vie et les accès de mort, même en essayant de mettre à distance tout cela, le maelström s’empare des heures, de la folie du jour, du temps labile et mélancolique, triste comme un paquet cadeau, déchirable. A l’intérieur de sa gangue, un poisson froid, le saudade (c’est même une morue séchée).