Au théâtre ce soir

Hier soir, théâtre : « La nuit tombe ». Guillaume Vincent. Toujours intéressant de découvrir de nouveaux auteurs, des nouveautés en somme. Une pièce splendide sur le plan technique : effets spéciaux, sous-titres vaporeux, insertion d’écrans-surprises, fumées magiques, très belles. En revanche, quelle vacuité dans le propos : aucune narration, une ronde de personnages qui ne se tiennent même pas la main – on pense à la « Ronde » de Schniltzer, qui balayait d’un revers de plume la narration au théâtre, mais il y avait un propos! une vision désabusée et cynique de l’amour, scandaleuse à l’époque, au fond assez morale – mais là les scènes ne sont pas cousues, et le thème « chacun est tout seul », autrement appelé « ultra-moderne solitude », ou que sais-je, ou « lost in translation », puisque ça se passe là aussi dans un hôtel, une chambre d’hôtel, ça finit par se vider de son sens. Le seul lien, de scène en scène, consiste en une série de clins d’oeil à des films assez célèbres. Plaisir de connivence, pour le spectateur, mais il n’y a pas de véritable sujet. La peur? le thème de la peur? Pas vraiment. Son traitement est davantage esthétique, par une série de visions, que l’objet d’une réflexion. Je reproche à cette pièce d’être faite pour être vue, mais de ne pas être pensée, que le forme ait évincé tout fond. Pourrait m’être objecté que cette formulation sent la prof, la vieille prof qui plus est, mais non : ici, c’est de mon plaisir de spectatrice qu’il s’agit, et la spectatrice n’a pas que des yeux pour voir, elle aimerait avoir aussi un coeur qui bat plus fort et qu’on sollicite sa pensée, qui parfois pense, un peu. Surtout, j’attendais autre chose que l’équation battue et rebattue, modernité = humain fragmenté, morcelé, éclaté. Une nouveauté, en somme.