Lire? comme à la pêche

pêcheQuand on change de saison, je lève le nez vers le ciel. Puis je pêche entre dix et quinze livres, je les enregistre sur mon Kindle, en vue de mes futurs trajets en train; de mes futures siestes au soleil; de mes futures heures entre les cours (qui seront en réalité occupées par ces multiples micro-tâches qui entravent de fait la fluidité des jours de l’enseignant); tous ces temps de lecture que je me réserverai « de toute façon », promises à la lecture et souvent vouées à la rêverie, à la fatigue ou, l’été, à la vraie pêche, parfois la pêche aux moments de bonheur – et je lirai la nuit, puisque j’ai des insomnies, ou plutôt que je me réveille tôt, vers quatre heures, souvent, avec ou sans l’aide du soleil.

Je pêche, et je me demande ce que je lirai, parmi tout ça. Je crois que c’est cela que la lecture sur Kindle a le plus changé. Je ne me sens pas prisonnière, par la magie du logiciel Calibre, qui convertit tout .epub en .mobi. Mais là où je prenais beaucoup de temps à choisir mes livres, j’ai tendance à stocker, à saison régulière, à faire une razzia un jour où j’ai le temps, accumulant sans trop de discrimination les titres d’un auteur que j’ai bien aimé, un jour, d’un nom que j’ai croisé, le déplié d’un titre qui m’intrigue. J’ai mis en mémoire le roman à l’eau de rose écrit par une mère d’élève – un livre qui a son succès, que sans doute je n’aurais pas pris en format papier (qu’il est épais et lourd! plus format coin du feu que train). J’ai mis en mémoire des classiques, etc etc. Je lis en ce moment (pêche de la saison dernière) une sélection de lettres de Mme de Sévigné, alors même que je n’aurais sans doute jamais acquis ce livre, et passé un petit moment d’exaspération, une sorte de rage sociale qui doit me venir de ma grand-mère communiste et m’a fait tourner les sangs, sur le coup, j’avoue que sa compagnie est vraiment délicieuse et que non, il n’aurait fallu ni lui couper la tête, ni l’envoyer au goulag, mais partager avec elle un onctueux chocolat.

De la dernière pêche, ça a donc été Mme de Sévigné ma grenouille. Celle qui bondit hors du seau.

Pour la prochaine grenouille, hip hip hip, je vais boire à la santé du Libraire, car je ne parviens pas tout à fait à me débarrasser de ma culpabilité. Ce qui est d’autant plus idiot que… Bref! Mutatis mutandis, c’est bien moi qui descends des livres à la cave pour faire de la place aux nouveaux, sur les rayons. Quelques trésors, sur papier, et des nouveautés, et des « beaux livres ». La pêche réserve encore quelques mutations.

Train, taxi, train

Trajet en train. Enfants. Regards en coin, de carré en carré, jauge sociale, même âge. Acquiescements adultes. Partage de coloriages.
- Vous jouez ensemble, moi je bouquine.
Surprise de la petite voisine de carré : – Mais t’as pas de livre!
Explication de mon bonhomme : – Ce n’est pas un livre, c’est mille livres.

« Mille livres », nouveau surnom de mon Kindle. Merveille de la technologie (de fait, il doit y avoir à peu près ça, maintenant).

Lu « En taxi dans Jérusalem », des petites chroniques, c’était bien.

Lu « La vie de César » de Suétone, aussi. En bateau-taxi, il se fait prendre par des pirates, se dirigeant vers Rhodes. Promet aux pirates de les mettre en croix, s’il les chope. Les chope. (Il est fort et agile, César, robuste surtout, et il a des alliés partout où il va, en impose). Est indulgent. L’indulgence de César. Se décide à les étrangler, afin de les mettre en croix seulement une fois morts. Plus doux. Ce n’était que des pirates, après tout.

J’ai envie d’écrire cette histoire. N’est-ce pas un conte pour enfants?

Vrac contemporain,

tel est le titre de la rubrique que je compulse ces temps-ci dans ma mini-bibli (surnom de mon kindle).

Et je lis Le sommeil de Beckett. Un livre d’Edith Msika.

Et c’est vraiment très bien, et profond. Intelligent (très) sans avoir l’air d’y toucher.

C’est un livre sur le sommeil, qui réveille.

Besoin de ça, je dors trop (et travaille trop, nécessité faisant loi) en ce moment. Dans la foulée de Joue-la comme Beckham, il était temps que je découvre Dors donc comme Beckett, c’est-à-dire ne dors pas.