Pays des joies

DuneDuPilatJoie d’un week-end à jouer avec les rouleaux de l’Océan, et à découvrir les pinèdes, le port un peu trop fréquenté mais offrant une jolie vue, le sable doux et l’écume sauvage. Joie aussi d’avoir vu, jeudi soir, une pièce de Pommerat, « ça ira, fin de Louis », une partie (1) dont la parenthèse suggère qu’il y aura une suite, spectacle vif et intelligent. Joie des gens, des amis, des amours, des animaux, des paysages, des enfants, des oiseaux – les beaux jours!

La joie des oiseaux

Cette nuit, j’ai fait un rêve si fort que je pouvais les toucher du doigt, ces oiseaux bleus et jaunes, vifs, rieurs, que j’élevais. J’apprenais à Indie, mon chat, à respecter leur vol, je les dressais, ils partaient en gerbes de couleur en s’envolant à gauche et à droite, se rejoignaient, repartaient vers les branches disposées près de leurs cages, y rentraient; c’était des couleurs et des pépiements de bonheur. Le chat était ravi. Tout le monde, autour, aussi, de l’enchantement des couleurs. Ces oiseaux s’appelaient des « jarillo », dans mon rêve, c’était un mot très important, et depuis ce matin je cherche ce qu’est ce mot, d’où il vient, je sais que je sais mais je ne sais plus. Et puis d’un coup, je me souviens, après les tartines, le café, les bavardages du dimanche et toujours ce mot dans ma tête : c’est ce dieu païen, Yarilo ou Jarilo, ce dieu slave, celui dont j’ai appris l’existence parce qu’il est le dieu de la fertilité et que, comme Perséphone, il est le dieu de la fertilité parce que c’est une divinité chtonienne, et qu’il a été enlevé aux Enfers, sous la terre, par un dieu du sous-sol dont j’ai oublié le nom; figure de jeunesse également, couronne de fleurs ou d’épis sur la tête, et un beau cheval blanc sous lui. Et ce dieu païen est venu cette nuit, dans ce jaillissement d’oiseaux, me rappeler son nom. Sans doute parce que j’ai fait un peu de mythologie comparée, dans ma jeunesse, structures du mythe, lecture de Frazer et de Dumézil. Sans doute parce que je crois aux oiseaux. Et puis là-dedans, il y a la racine indo-européenne de la joie.

Il ne faudrait pas oublier tous ces moments heureux qu’on passe, en songe. Je crois que le dieu au cheval blanc venait me dire cela, et les oiseaux bleus et jaunes nous offrir l’amitié de la nature, qui n’oublie jamais ni l’hiver, ni le printemps.