Là où se cacher/se dévoiler (une histoire de talent)

Ce matin je réfléchissais

ma vie dans un miroir

et je songeais aussi à la parabole des talents

cette histoire, dans l’évangile, d’un maître qui s’en va et laisse

des talents

dans les mains de ses gens

et l’un l’enterra, sa pièce

comme ces gens gouvernés par la peur

de perdre

comme ces gens qui s’enterrent vivants

ceux qui vivent devant des écrans

sans s’apercevoir du poids mou de la boue sur leur tête

Et je songeais à cette histoire

à ces paraboles anciennes

j’avais envie de spiritualité

comme on a soif ou besoin d’air

je ressens le besoin de forces qui me dépassent

de pensées qui viennent de plus loin

pas de bigoterie, non, du tout, mais l’élan que c’est

le souffle

la nécessité de dépasser ce moment de peur

ce geste idiot de fermer sur sa pièce sa main

de cacher son talent

je réfléchissais à l’audace

au dévoilement

au mouvement

à la liberté profonde que requiert le fait d’accepter un cadeau

un prêt

la vie est un prêt que l’on te reprend

mais d’ici-là

à toi, à moi, elle est là

et

quelque talent que j’ai

va avec le devoir

courageux

de le faire fructifier

au grand jour et au vent

ça ne se plante pas comme une graine

ça se multiplie dans l’air

comme les battements d’aile d’un oiseau

A contre-temps ;-)

Poème d’hiver

 

A l’abri

Durant les grands froids

En attendant l’été

En cachette chez moi

N’ayant guère le courage

D’aller à l’extérieur

Tandis qu’à force d’espérer

Que quelqu’un là-haut fasse venir le soleil

Je bois du thé

Tout de même

Ça ne fera pas venir le soleil

Tout d’un coup.

Passer comme un fantôme

Ce matin, je suis partie très tôt – ou était-ce l’ombre de moi-même, comme en témoigne cet autoportrait voyageur :

 IMG_20170518_084206

 

Et mes pas composèrent ce poème :

 

Les gens de bon matin connaissent les odeurs;

Ils savent les poubelles, l’eau de Javel, les gants bleus.

C’est l’heure des fiers bouchers aux taches comme des fleurs,

L’heure où le poisson pue – la marge des vitrines

Retrouvera bientôt un semblant de fraîcheur.

 

Les gens de bon matin connaissent les saveurs;

Ils fument au trottoir un temps de liberté.

Leur café a le goût d’une maison retrouvée.

Les gens de bon matin au pas de travailleurs

Regardent en riant passer les vieux fêteurs

Dont les mégots amers auront jonché la nuit.