Juin actif, dynamique!

On dirait une publicité pour un calendrier. Reste que je suis assez contente des cadeaux de fin d’année en tous genres (les cadeaux offerts et les cadeaux reçus). Fière de mes progrès en équitation (je sens que je progresse). Fière d’avoir rangé mes cours de l’année tout à l’heure! Fière de tâcher de maintenir à distance le soupçon de culpabilité et de nervosité qui va avec le bonheur (cette inquiétude sourde qui a envie de dire : ce n’est pas possible, il va nécessairement te tomber une tuile sur le coin de la figure…). Alors, oui, il y a cette inquiétude, mais aussi pas mal de joies (jusque là). Entre autres, j’ai fini par envoyer, mercredi, veille de la date-limite, un recueil de textes poétiques pour le prix Bernard Vargaftig. J’ai participé! J’ai pris un peu moins de deux semaines pour imprimer des textes, j’ai tout étalé partout, j’ai découpé, j’ai agrafé ce qui allait ensemble, viré ce qui n’allait pas, j’ai composé, décomposé, recomposé, j’ai réécrit certains passages, j’ai mis des étoiles, désigné des thèmes, repéré des échos, j’ai viré ce qui me semblait hors-sujet, j’ai classé, re-classé, ouvert et fermé, et puis ça a fini par donner quarante pages qui m’ont semblé cohérentes. En me relisant, je me disais qu’on aurait dit une poétesse de soixante-dix ans, voire de quatre-vingt dix ans, tant on parle d’hiver et de temps qui passe… Mais qu’importe. Il y a une ligne mélodique, m’a-t-il semblé. Et si jamais d’autres que moi pouvaient y lire une forme d’aboutissement et de maturité, j’en serais ravie, voilà tout! (sans culpabilité, sans culpabilité… surtout!)

Triste et beau

Mon coeur est triste et beau

C’est un doux reposoir

Je trouve le repos

Auprès de mes troupeaux

Mon coeur est triste et beau

C’est un vieux repoussoir

Je trouve le repos

Auprès de mes troupeaux

Triste et beau, c’est mon coeur

Canapé des langueurs

Là où tu viens t’asseoir

Troupeau de mes histoires

Triste et beau, c’est mon coeur

C’est mon cuir défraîchi

Là où tu t’alanguis

Mon coeur, ce chiffon noir

Mon coeur est triste et beau

Noblesse du douloir

Marbre du blanc tombeau

Auprès de mes troupeaux

Mon coeur est triste et beau

Mais il y pousse au soir

De quoi nourrir un veau

Auprès de mes troupeaux

Triste et beau, c’est mon coeur

Ce chiffon de douceur

Là où naquit au soir

Une nouvelle histoire

Triste et beau, c’est mon coeur

C’est le pré endormi

C’est la fleur qui naquit

Gras, le veau des histoires

Mon coeur est triste et beau

Il se prend pour un veau

Il trouve son repos

Auprès de ses troupeaux

La fin est bucolique

Comme sont les tombeaux

L’herbe nous fait la nique

Auprès de nos troupeaux

 

 

Train, défaite, victoire, défaite, victoire, juridiction

Dans le train, nous avons passé un voyage très agréable, en bonne compagnie : même si elle n’a pas pu vraiment travailler, la jeune fille qui était avec nous, son compagnon un siège plus loin, tout ce petit monde a passé un bon moment, de ceux que crée une sorte de connivence. J’espère vraiment qu’elle aura son concours, sa juridiction, enfin quelque chose de cet ordre.Tout ça sentait la prépa parisienne; en quelque sorte, chez moi. Cette bonne humeur. Nous avons dessiné les maisons de nos rêves; nous avons joué à la belote, ma fille et moi; j’ai perdu toutes les parties, et j’ai écrit ce poème, pendant qu’elles improvisaient (ma fille, et la jeune fille) sur leur thème : la victoire. Moi, j’ai versé dans un autre temps, et décidément les cartes ne voulaient pas me servir de valet. D’où le texte suivant :

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La défaite

La défaite est le lieu de l’ultime conquête,

la saveur du néant. Ô Pindare, sur les rails

anciens, qui nous menaient à l’Olympe, trompettes!

Ô virils échos vieux! Ô palmes, éventails!

Aujourd’hui l’on oublie l’or mort de la victoire,

Et l’on laisse au passé les cornes en ivoire.

 

Je passerai, soumise au rien, soumise au vent,

dans l’ancien temple vide aux échos du tourment,

sur la trace effacée des antiques géants,

j’apprendrai à mourir jusqu’à la nuit des temps.