De ce qu’on aime ce qui nous manque – est-ce si sûr?

Près de moi, un voyageur arbore aux deux poches de côté de son sac à dos une gourde d’eau, un parapluie. C’est jour de canicule. Chanceuse aujourd’hui, j’ai eu mon train qui était en retard, puisque moi-même en retard pour avoir (ô acte manqué !) omis de tourner vers la gare, trajet pourtant effectué mille fois au moins. Y aller en voiture, sinon… Plus rapide, mais bien plus fatigant. Pas envie de conduire deux heures, en fin de journée, aveuglée par la canicule. Pas envie de rajouter du chaud au chaud, du carbone au carbone, des cillements de paupière épuisée aux nuits courtes. J’écris ici : c’est une pollution du monde plus légère, et plus jolie. Les maraîchers s’activent dans le paysage souple. Ils cueillent les salades. Beaucoup de maisons ont déjà leurs volets clos. Ailleurs, c’est grand ouvert encore, du linge sèche, et des coquelicots s’ouvrent innombrables sur les buttes, en travers des champs. J’appartiens à un monde bucolique. Élevée en ville, je n’y étais pas assez libre pour en goûter tous les plaisirs. Étais-je si.entravée que ça ? Non. Mais la ville est lieu de clôtures et frontières, la ville c’est l’espace des propriétés.  Mon train du matin traverse donc la campagne ; les tracteurs circulent, on arrose peu. Manque d’eau. L’aime–t’on tant que ça ? Sur le quai de la gare de Saint-Pierre-des-corps, un signe de la crue, qui menace toujours les hommes si petits.

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