Couleur Charbon

VoltaireL’heure est sombre. Sur la table du lycée, quelques livres, des espaces de réflexion à partager. Couleur Charbon, l’esprit Charb, en deuil.

Des gens sont morts, parce que juifs, parce que policiers, parce que journalistes, ou parce que là. Dans l’ordre du rebours chronologique de ces jours-ci. Dans le désordre d’une guerre, sur le territoire français.

J’ai enseigné en banlieue parisienne juste assez pour avoir la nausée (4 ans). Juste assez pour savoir que la République française a fait à sa jeunesse le merveilleux cadeau d’un idéal réalisé, liberté égalité fraternité, l’école est là les possibles sont là les livres sont ouverts. Juste assez pour voir que si bien sûr certains, nombreux, prennent le cadeau, cela ne suffit pas pour se réjouir. Car la racaille qui veut abolir le règne de l’intelligence et de la tolérance, où cette racaille, ces gens se vivent déclassés et perdants, et qui veut le remplacer par le règne de la violence physique, où ils se rêvent gagnants, cette racaille a pris le cadeau et l’a jeté par terre pour le casser comme un enfant capricieux, gâté, pourri, débile.

Je décontextualise volontairement. Mais je précise le sens du mot racaille, en m’appuyant sur ces trois vers de La Fontaine :

L’Oiseau chasseur lui dit : Ton peu d’entendement
Me rend tout étonné. Vous n’êtes que racaille,

Gens grossiers, sans esprit, à qui l’on n’apprend rien.

 

Voilà pour la définition. Voilà parce que cette racaille, c’est aussi, et sur le long cours, parce que ces assassins ont entre 30 et 40 ans, ce sont des hommes mûrs, faits, c’est l’échec de notre éducation républicaine, celle qui aurait dû dans leur jeunesse forger leur esprit critique, former leurs valeurs. Qu’il y ait des échecs, parfois, cela s’entend. Qu’il y en ait assez pour semer ainsi non seulement le trouble, et le désordre, mais la mort, et des morts qui se répètent, l’école juive de Toulouse, le journal Libération, le commissariat de Joué-les-Tours, le journal Charlie Hebdo, le supermarché cacher de Vincennes – c’est : affreux. Terrible. Abominable.

Ainsi donc, quand la nature fait entendre d’un côté sa voix douce et bienfaisante, le fanatisme, cet ennemi de la nature, pousse des hurlements; et lorsque la paix se présente aux hommes, l’intolérance forge ses armes. (Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XXIV)

Et, puisqu’on en est au constat, le constat qui demeure, puisque la guerre contre l’Infâme est toujours à mener, à la fin du Chapitre XXII :

Vous reculez d’horreur à ces paroles; et après qu’elles me sont échappées, je n’ai plus rien à vous dire.

En ces jours couleur Charbon.