Liste de rêves

Rêves réalisés : aller en Grèce; sentir l’aura de l’omphalos à Delphes; voir Rome; galoper dans la campagne et sauter un fossé; avoir un chat comme ami; me remettre au piano; emmener les enfants faire du ski; partir avec les enfants en Espagne; me déplacer en ville avec un vélo.

Rêves à réaliser :   ………………………………………………………………………………………….
J’étais sur le point de faire cette liste le 13 novembre 2015, en écoutant la radio.

Et puis les rêves reprennent, le soleil revient, le temps passe, on retrouve de vieux brouillons, on laisse filer les jours, on se passionne pour la politique, on l’oublie, versatile, on est l’orage, on est la pluie, les rêves reprennent, le soleil revient.

J’aimerais un lieu où écrire mieux, en me concentrant davantage. Je n’aurai jamais beaucoup de temps, pendant encore longtemps. J’aime trop monter à cheval, me promener avec les enfants, boire des bières au bord de l’eau, rire et pleurer, me fâcher en écoutant les infos, m’activer comme si ça allait changer quelque chose.

Et puis les choses changent, avec, malgré, pour et contre nous.

On ne peut pas dire que rien ne change.

Au contraire, les choses changent et parfois s’arrangent, se dérèglent puis se réarrangent, se coordonnent, obéissant à des lois obscures contre lesquelles nul ne peut aller.

Aujourd’hui vient le temps où se réalisera peut-être un vieux rêve, commun et mou, animal et précis, celui d’acheter une maison. Un lieu où dormir, un lieu de sécurité et de plaisir, un lieu où rêver, forger de nouveaux rêves, et écrire. Un lieu où vivre, un abri avec un arbre, un lieu pour nous, enfants, animaux, humains, table des amis, lits pour la famille, étagères pour les livres. C’est un rêve vieux comme les hommes.

Aujourd’hui on regarde, on compare, et il ne serait après tout pas impossible d’avoir un jardin. Qui sait. Une fenêtre, et même une porte. Un bureau. Pourquoi pas, après tout? Un bureau, et de jouer mal du piano sans déranger personne, et d’écrire des poèmes pour réparer les trous. D’écrire des poèmes quand les rêves s’effilochent.

Qui sait, peut-être les rêves seraient un jour des possibles.

Du bonheur comme du malheur, on n’est jamais à l’abri.

Hier j’écoutais tomber la pluie, aujourd’hui un grand soleil.

J’ai si peur que le bonheur, vu du ciel, soit une horrible provocation.

Il va falloir s’en arranger. Comment? Pour vaincre les supersititions

j’ai besoin d’observer les nuages, et de quêter confirmation

dans le ciel bleu et sans orage.

 

Négliger ses vieilles amours

Prise par les projets, les joies, les bonds, les premiers rapports de bâton jetés à l’eau, les balades à vélo, les balades à cheval, j’en viendrais presque à négliger mes vieilles amours, et à oublier d’écrire en ce mois de juillet qui s’éteint doucement.

Je n’arrive pas à lire non plus. Je lis des murs, des veinures de feuilles d’arbres, des cartes routières, le tracé des pas dans la boue, les courants de la Loire (il ne faudrait pas que le bâton atterrisse dans une eau trop rapide ou profonde). Je lis les circuits des oiseaux, les ronds des buses, les triangles des oies, les ovales mystérieux des bandes de canards sauvages.

Parfois, j’écoute parler les gens. Ils sont rares, ceux qui savent s’approcher de la poésie de la terre, de l’eau et du ciel, ceux dont la parole est lente, comptée, et rythme le souffle du temps. Parfois, on croise un vieux couple doux, sur les rives d’un fleuve, qui regarde l’eau et contemple un livre, surveillant du coin de l’oeil la vie qui se renouvelle, enfant et chien. Parfois, on sent la vie profonde qui se relie au monde, juste dans quelques mots échangés, parfois un regard.

Il est précieux, celui qui a trouvé la paix des jours, celui dont le travail s’enchaîne au fil de ses prédécesseurs, et de ceux qui le suivront, celui qui sait être un rouage, un noeud, dans l’humanité, et tisse le monde auquel celle-ci appartient, et tient noblement sa part. Il est précieux, celui qui sait sourire au matin.

Alors, je pense aux poèmes, à ce qu’ils disent de nous mais surtout à ce qu’ils font de nous. Je pense que ce sont ces lignes dans la terre et le ciel vers quoi les sillons noirs des textes nous conduisent, nous ramènent, nous guident. Je crois qu’au fond, je ne néglige pas du tout mes vieilles amours.