L’enfance d’l’art

Cinq canaris d'intérieur

Tout dire très vite, et écrire très vite, et voir les oiseaux grandir très vite, et les enfants très vite et la cheminée n’est plus là pour imaginer y voir descendre un quelconque Père Noël mais pour faire s’envoler l’esprit loin, ailleurs.
J’écris et ce n’est pas facile. Il y a parfois comme une force d’opposition dont je pense que ma fille se l’autorise car elle me sait capable d’encaisser. C’est important que les enfants se révoltent. Là, ce n’est pas si grand. Mais ça existe, un peu.
Il y a des oisillons dans le nid. Tout le mal que je leur souhaite, c’est d’oser prendre un bel envol.

Tout coule (comme un rhume de cerveau)

J’ai attrapé quelque part sur le web cette image en forme de « memento mori ». En réalité, je vais très bien, et en ce samedi je me relaxe, comme le fait ici ce vieux philosophe nonchalamment étendu à l’ombre d’un grand chêne vert, sur le feuillage, à moins qu’il ne s’agisse d’un tilleul au printemps. Ses rides appellent le squelette comme l’automne appelle l’hiver. Dehors, j’ai un peu froid. Un léger rhume de saison, évidemment. J’ai lu sous la plume de Lucien Jerphagnon des phrases certes brillantes et drôles, mais en reprenant le texte en grec ancien, ce n’était pas tout à fait ça. Je ne sais pas jusqu’à quel point la triche est autorisée, le glissement, qui l’emporte, le plaisir de l’analyse ou l’exactitude du texte?, je suis un peu perdue, je n’arrive pas encore à être vraiment une érudite, je suis sur la route, et j’ai déjà à me connaître moi-même, ce qui n’est pas une mince affaire et est autant obstacle qu’ouverture vers le grand monde du dehors dont les livres sont comme des portes qu’on ouvrirait en tombant dans le coton confortable des mots, un coton doux et soyeux, blanc et pelucheux, c’est un coton qui ouvre sur le sème, la sémantique, d’autres questions, en ce moment je lis le « Cratyle » de Platon et tout me renvoie toujours à Platon, bizarrement je ne me lasse pas, peut-être que c’est là quelque part mon grand amour, je ne sais pas, c’est austère de dire ça, au moins avec lui jamais je ne m’ennuie non plus qu’avec Montaigne, des horizons étroits, dehors j’ai un peu froid mais si je m’enrhume il me reste toujours des pages et des pages où me moucher sans que leurs auteurs ne se vexent. Ce ne sont pas des paons,ces deux-là. J’ai déjà à me connaître moi-même et je m’échappe toujours, évidemment. Quant aux noms, Dieu sait seul d’où ils viennent, et pourquoi d’aucuns comme moi tombent dans le monde des mots comme dans celui des rêves. Je ne suis pas lasse de vivre du tout. Je pense seulement qu’il est temps que je prenne ma retraite, et me retire du monde. Je viens de refuser des heures très intéressantes de cours à donner, mais loin, mais épuisantes. Ces dernières semaines, je me suis déplumée de l’ambition, c’est étrange, comme si je n’avais plus envie de cette reconnaissance de l’institution et surtout de mes collègues. Je me suis déplumée de l’ambition professionnelle comme un arbre perd ses feuilles. Sous-jacent, bien sûr, un printemps, et en germe une ambition d’une autre nature. Pus haut, l’autre jour, j’ai dit les cycles et les saisons qui me font. D’une saison à l’autre, l’épure vient comme, de soi, un poème.