Prise de notes

Comme je me suis remise à lire, je n’arrive pas à écrire en même temps.

J’ai donc décidé qu’ici serait désormais un carnet de citations – pour l’instant.

Je copie ce petit extrait de Poincaré, le « discours de Suède », paraît-il célèbre, où il définit la science. J’y suis venue parce que je lisais un texte sur l’actualité de la pensée d’Aristote, dont la quête du « juste milieu », ou plutôt de l’adaptation au contexte, est un élément clé de la pensée, contrastant avec l’idéalisme de Platon.

Poincaré remarque que la science est faite de règles : mais sur quels fondements?

La règle du tric-trac est bien une règle d’action comme la science, mais croit-on que la comparaison soit juste et ne voit-on pas la différence ? Les règles du jeu sont des conventions arbitraires et on aurait pu adopter la convention contraire qui n’aurait pas été moins bonne. Au contraire, la Science est une règle d’action qui réussit, au moins généralement et, j’ajoute, tandis que la règle contraire n’aurait pas réussi.

Juste avant, il a prononcé cette phrase là : « et pourtant nous sommes embarqués »…

Nous sommes impuissants à rien connaître et pourtant nous sommes embarqués, il nous faut agir, et à tout hasard, nous nous sommes fixé des règles. C’est l’ensemble de ces règles que l’on appelle la science.

Poincaré – « Discours de Suède »

Concernant la Science, soit. Comme c’est très peu mon domaine, sinon en terrain de lisière, en orée se méfiant des loups tapis dans les sous-bois, j’accorde à Poincaré la prééminence absolue de définir la Science. Argument d’autorité.

Mais ce qui m’importe ici, ce sont les règles; et surtout le : « et nous sommes embarqués ». Quid des règles de vie de nos sages antiques? Règles qui, j’en conviens, n’ont rien de scientifique? Les règles de sagesse peuvent-elles être absolues, ou, puisque « nous sommes embarqués », est-ce à nous de les découvrir au fil du chemin, en marins de nos existences, au pied parfois maladroit et tremblant?

Chien écolo


Le temps passe, notre beau chien a trois ans – et la prise de conscience collective est grandissante, conscience de la nécessité de faire attention au monde qui nous entoure, à ne pas gaspiller nos ressources, à ne pas polluer notre précieux environnement. Pour le dire de façon plus positive : être attentif à ce qu’on fait, agir en ayant conscience de l’effet de nos petits gestes, chercher le bon équilibre dans notre rapport au monde qui nous entoure.

Je suis hallucinée par le consumérisme aveugle de certains humains. Parce que, ne nous leurrons pas, c’est la guerre. Il ne peut y avoir que conflit, entre ceux qui, comme moi, pensent qu’il faut moins consommer, et ceux qui consomment, à commencer par les vendeurs qui sont les premiers consommateurs, achetant les produits qu’ensuite ils font circuler, les vantant, les plébiscitant. Ils sont dans leur rôle!

Mon histoire de chien n’est qu’un petit épisode emblématique de la grande lutte entre Dame Nature et Dame Economie. Et j’ai pris mon parti, comme vous l’aurez compris.

Mais qui sont ces gens qui achètent jouets en plastique et gamelles sans fin, au lieu de choisir un duo de gamelles en grès ou en métal une bonne fois pour toute? Qui sont ces gens qui font des kilomètres et des kilomètres en voiture pour sortir leur toutou, au lieu de fréquenter les chemins de leur environnement le plus proche? Bien sûr qu’on peut se promener, découvrir, explorer de nouveaux endroits – mais, question d’équilibre, il y a l’ordinaire, et l’extraordinaire.

Oh! je peux répondre. Ce sont des gens qui n’ont pas beaucoup réfléchi, et, poussés par la séduction d’une photo dans un lieu nouveau, « aimant la nature », « et les animaux », ne pèsent pas leur empreinte carbone.

De même, ils oublient qu’on peut fabriquer de très chouettes jouets avec trois fois rien. On trouve par exemple plein d’idées pour transformer un vieux jean en corde à tirer. Les exemples fourmillent pour qui s’en préoccupe – mais quand le cerveau a été conditionné à associer « aimer son chien » à  » acheter des trucs pour le chien », il n’est pas facile de se mettre à penser autrement.

Pourtant, quand un chien a besoin de promenade – tous les jours, donc!- consacrer deux fois vingt ou trente minutes à rouler, c’est autant de temps où toutou ne se dépensera pas. Oui, ça peut valoir le coup pour retrouver des copains, ou passer un grand dimanche de promenade avec ses maîtres! Fi des interdits. Mais un peu de bon sens (et de prise en compte du bilan carbone).

Shampoing, nourriture, jouets… Laisses, friandises, colliers… Tous ces objets qui ont pris des cargos et pollué l’océan, par là-même… Ces croquettes venues d’outre-atlantique et dont les étiquettes peuvent afficher sans vergogne des dessins vaguement « nature », alors que les législations ne sont pas les mêmes qu’en Europe. (Je pense en particulier au saumon, qui, outre-Atlantique, peut être nourri au maïs OGM, contrairement à ce côté-ci du même océan, si j’ai bien tout suivi).

Pour ma part, je nourris mon chien avec des croquettes européennes. Et bien souvent avec de la viande, du riz et des haricots verts (on appelle ça la « ration ménagère », je crois). Je le lave avec un shampoing solide, un shampoing pour chien, bien sûr. C’est toujours ça de plastique en moins, comme pour les humains! Et j’en achète tout près de chez moi, savonnerie artisanale et commerce local…

Eh oui, il y a conflit. L’ère du « chacun fait comme il veut » se heurte à la nécessité de faire attention à notre bien commun; les sur-consommateurs inattentifs ôtent leur part d’avenir à leur prochain. Discours culpabilisateur, castrateur, agressif – ô combien! Mais si ce ne sont pas les discours qui font changer les comportements et bouger les lignes de force, peu à peu, à quoi arriverons-nous?

Je pourrais en dire autant des fans de mode et autres consommateurs invétérés de vêtements; de ceux qui achètent des jouets technologiques à n’en plus finir. Ce que j’aimerais, c’est qu’une prise de conscience advienne et que le flux incessant des marchandises venant en cargo s’amenuise, de façon à ce que chacun soit libre, et fasse ses petites entorses au régime collectif dans la joie! Qu’on n’ait pas besoin d’une dérogation sur un formulaire pour dire : « Tiens, ça vous dit qu’on aille se promener avec Médor à 40 km de chez nous? Il y a un grand lac, une forêt qu’on ne connaît pas…! ». Qu’on n’ait pas besoin de sortir son carnet de tickets de rationnement du plastique avant de décider que si, finalement, on prend ce tapis pour chien recouvert de PVC parce que ce sera plus pratique dans la voiture, avec le chien mouillé.

Le risque est grand que l’inconciliable advienne.

Apprendre à finir

Quand on a tout son temps, il n’est pas aisé de finir ce qu’on a commencé. Tout peut traîner en longueur.

Il y a même un quasi confort moral à faire durer un projet des heures. Par exemple, mon premier masque, je l’ai cousu en trois bonnes heures, le temps de me documenter, tout ça…

L’époque est à la confection. Cuisine, potager, écriture.

L’artisanat a quelque chose de grave, de sérieux, même pour les petites choses. L’humain y déploie sa spécificité d’espèce avec une forme de solennité.

Il va tout de même falloir ritualiser le temps, le borner, l’apprivoiser, comme on coud. Coudre le temps qui court. L’amender en compost pour qu’il produise mieux.

Bref, apprendre à finir.