L’écrit du stylo bille

Hier, je suis allée à la Librairie écouter un biographe de Musil parler de son livre. C’était attendrissant d’entendre sa voix un peu cassée expliquer la singularité d’un auteur intransigeant, exact, rigoureux dans son travail et sa vie.

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J’ai lu « L’homme sans qualités » en 1995. Pour moi, c’est un texte terriblement adolescent, un texte de quête de soi, de tentatives, de routes prises et retroussées, d’élans et d’ironie farouche, débordant de franchise et de sensualité. Je me souviens de ça, et de l’étroitesse des possibilités dans un monde où règne l’emprise de la guerre, de la vie militaire qui se faufile partout et coud les bouches, les gestes, les esprits. C’est une lecture lointaine, peut-être est-ce pour moitié le souvenir de mon année 95.

Hier, j’ai renoué avec le carnet.

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La force du stylo bille; la joie d’être quelque part sans bouger, cadre non hostile, voix avec des mots riches, le carnet, le stylo. Et aussitôt, ce qu’on croyait tari sourd de soi.

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Un poème est venu, prenant la forme qu’il voulait, celle du souvenir qui remonte, par vagues. C’était au moins aussi bien que d’être au bord de l’océan, et d’écouter l’eau qui monte, et jaillit contre les rochers. J’ai saisi l’écume du souvenir.

 

 

L’épuisement

MorescoLa dernière fois que j’ai pris le train, j’ai lu ce livre-là, sur les conseils du Libraire. Antonio Moresco, La petite lumière.

Bon conseil. Bon choix. Livre intriguant et qui ouvre des images et des idées, au lecteur de frapper à la porte, d’écouter, de respirer en accord avec le flux des mots, de cheminer. Et ce constat d’à quel point nous sommes épuisés, à quel point c’est fatiguant, les travaux, les jours. On continue. On recommence. On n’achève pas tout à fait.

Je suis épuisée. C’est avec ce prisme tout personnel que je perçois tout autour de moi. Même un bon livre qui parle plutôt d’autre chose. Ou de cela. D’à quel point on peut trouver cela lassant, d’avoir à se défendre de tout : les gens, les jours, les lessives, les lettres à tracer et les recommencements.

Je suis épuisée, avec un arrière-goût d’enfance et un avant-goût de comment ce sera, la vieillesse. Celle où les orteils ont du mal à nous porter. Ces temps charmants où l’on s’endort n’importe où, dans n’importe quelle position. Je n’ai plus l’âge de cette grâce, et pourtant je m’endors, sur tapis, sur livre, sur canapé. N’importe où.

Mais il faut lire Antonio Moresco. Comme ça, on ne se laisse pas mourir tout à fait.