Le monde se vide

Dehors, le soir, il n’y a plus de gens.

Les concerts commencent tôt, dans une salle qui donne une impression de vide : il y a des sièges libres entre les spectateurs.

Il n’y a pas vraiment d’histoire à raconter, pas de rencontres, pas de sourires complices. Le concert, lui, fut très réussi : les oreilles sont libres, elles, et les sons circulent, eux.

C’est ainsi, fatalité de l’épidémie, nécessité de réduire les risques, la peste, loimos en grec, tout ça, tous les mythes d’autrefois et la surprise de vivre cela un jour, donc, et ça dure, bien sûr – ça ressemble à la vie normale, mais en moins. Moins de gens, moins d’activités, moins de rencontres. Il y a de la vie quand même, surtout dehors, dans la nature. Les écureuils s’agitent beaucoup dans les arbres, en ce moment, et préparent l’hiver avec frénésie. Les noix, les glands, les noisettes craquent sous les pieds des promeneurs. Les écureuils me rappellent que tout le reste n’est qu’un épiphénomène à l’échelle du cycle des saisons. Et eux, je ne parviens pas à les photographier : ils bougent sans cesse. En revanche, le monde qui se vide et s’immobilise ressemble, c’est un symbole, à ceci. Une image pour dire le silence.

Ballade pour Wapiti

Quand elle vit un lion

Elle sauta de travers,

Le lion fit un bond

Dans son imaginaire.

Lion était-il blond

Ou était-il de pierre?

Son imagination

Le vit tel une panthère

S’apprêtant à bondir

Sur son flanc de jument.

C’était, à vrai dire,

Un lion d’ornement.

Souvent jument surprend

Et fait pas de travers;

Jamais rêve ne ment,

C’est là tout le mystère.

Quand elle vit un lion,

Le monde s’anima,

Et l’imagination

Reprit enfin ses droits.

Nez au vent

Nez au vent, j’accompagne mon chien qui respire les oiseaux et déclenche de grands vols prudents – faisans, hérons, canards variés s’éloignent.

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J’ai coupé mes cheveux. J’ai largué quelques amarres, mais pas jeté les cordages ni le bébé avec l’eau du bain. Navigation à vue, malgré la brume légère.

Dans ce pays qui a la jaunisse – maladie politique, je n’ai qu’un rhume corsé. Sans doute en manque de l’adrénaline procurée par mes trajets à vélo, j’ai voulu passer un petit bras boueux de la Loire qui monte en suivant une branche à fleur d’eau. De l’eau du fleuve plein les bottes.

La poésie d’un samedi dehors peut-elle colorer l’arbre gris des autres jours?