Lectures de juin

Je ne sais plus si j’écris ici ce que je lis. Bon. Paul Bowles, Un thé au Sahara. J’ai lu La Mort de Virgile, de Broch. Toujours dans Eschyle, sinon. Hier j’ai lu La Cité des dieux sauvages, d’Isabel Allende (c’est plutôt pour des ados je pense, mais cette auteure est au programme alors je découvre son univers!).

Hier je suis passée acheter des livres. La dernière fois j’avais pris « La cinquième colonne » de Koyré et un petit bouquin d’Arendt sur Walter Benjamin.

Plus j’y pense plus je me dis que les livres sont des chamans. C’est à cause de Broch, plus que d’Allende. Cette idée a quelque chose de rassurant qui me va bien. Sans devenir folle, je crois, en toute lucidité, il y a des gens avec qui je parle. C’est cette conversation des livres que j’aime le plus, je crois.

La pluie, les escargots, et tout ce qui s’ensuit.

Sortir un peu moins le bout de son nez, tandis que les escargots dévorateurs abîment mon travail de jardinière, censé tenir sur les fragiles équilibres de ma paresse et quelques lectures de livres justifiant le désordre herbacé, le nommant du doux nom de permaculture.

La pluie, et j’écris, je lis, je lis!

J’ai fini « Un thé au Sahara », de Peter Bowles. Il y est question d’un temps où le mot « aventure » signifiait quelque chose qui pouvait avoir rapport avec le risque, l’ailleurs, l’étranger, la maladie, l’errance, la mort.

Sans filet de sécurité. Sans protection. Sans le groupe-bouclier, les campagnes de prévention. Ce monde d’avant date pourtant de moins d’un siècle. Mais depuis tout a basculé. Dans mon monde, les renversements, les émotions, les aventures sont calculées.

Je balance les escargots que je choppe dans les fraisiers, je les balance dans les bambous, je m’en voudrais de les tuer. Et je me demande si nous ne sommes pas tous devenus, par mutation d’état d’âme, des escargots. Les personnages de Bowles n’en sont pas, eux. La plupart de mes amis, de mes connaissances, et moi, je le crains, je le crois, si.

Petit topo lectures

Puisque me voilà redevenue une lectrice avide et assidue par la force des choses (je ne m’en plains pas!)

hier j’ai lu :

tout d’abord, « Contagions », de Paolo Giordano. C’est donc un très court texte dans lequel il rend compte des débuts du confinement en Italie. Il le justifie mathématiquement, du fait de la courbe exponentielle des contagions. Il montre que vu le nombre d’humains que nous sommes, et nos pratiques industrielles et commerciales favorisant les échanges à grande échelle, de toute façon, cela se reproduira si nous n’inventons pas un mode de vie plus écolo. Ce qu’il écrit est assez simple et se tient. Ce que j’en pense, comme beaucoup de gens, c’est que passée la crise, ce qui risque d’en sortir, c’est surtout beaucoup de misère, peut-être des guerres, mais beaucoup de misère assurément. Lui, il a la prudence de s’arrêter au moment où il formule le rêve, la menace n’est que voilée. Mais moi, je suis fortement pessimiste. Je crois que des zones entières vont souffrir de morts non comptabilisées. Et que le confinement va, quand il permettra aux gens de sortir enfin, mettre au jour de nombreuses failles relationnelles et psychologiques. Je pense que confiner, c’est beaucoup plus simple – même si c’est brutal – que dé-confiner. On s’adapte une fois. Deux, c’est plus difficile. Surtout après s’être installé dans un temps long, comme c’est le cas.

ensuite, j’ai fini « Voyage avec un âne autour des Cévennes », de Stevenson. Lecture rafraîchissante de ces gens qui ont un message à faire passer, lecture de voyageur qui tient à sa théorie du plaisir de camper dehors – un plaisir d’aventure que je partage! Le tout avec assez d’auto-dérision pour que je sente un projet frère. Comme chacun sait, c’est mon rêve, ce genre de voyages. Alors j’y étais, pour sûr! En revanche, il fait aussi une sorte de pèlerinage protestant, entre le cours d’histoire et l’hommage aux morts – j’avoue que si se promener dans des lieux qui ont une épaisseur historique fait vibrer l’air et les paysages d’une façon bien plus émouvante, ces remarques étaient en décalage avec mes propres souvenirs de ces paysages-là. Reste que j’ai surligné plusieurs phrases sur le plaisir de dormir à la belle étoile! Dans un coin de nature! – Il reste le jardin…

Je vais renoncer aux récits de voyage en période de confinement. Cela ne fait pas de bien au moral, non, ce sont des rêves qui s’éloignent.