Lire Humboldt

Texte bref, mais dense. Pensée audacieuse de ceux qui déchiffrent le monde. La quête d’une langue universelle se heurtant à la variété, souple et ondoyante, de la diversité du monde. On sent sous la rigueur de sa plume combien il est séduit par toutes ces grammaires qui voyagent, les mots qui ne disent jamais le réel, les modalités verbales qui tendent vers la représentation de l’action sans jamais tout à fait la dire.

Les idées et la langue qui sert à les exprimer étroitement liées, ensemble, à s’ajuster constamment – ça pense et ça danse.

Petit topo lectures

Puisque me voilà redevenue une lectrice avide et assidue par la force des choses (je ne m’en plains pas!)

hier j’ai lu :

tout d’abord, « Contagions », de Paolo Giordano. C’est donc un très court texte dans lequel il rend compte des débuts du confinement en Italie. Il le justifie mathématiquement, du fait de la courbe exponentielle des contagions. Il montre que vu le nombre d’humains que nous sommes, et nos pratiques industrielles et commerciales favorisant les échanges à grande échelle, de toute façon, cela se reproduira si nous n’inventons pas un mode de vie plus écolo. Ce qu’il écrit est assez simple et se tient. Ce que j’en pense, comme beaucoup de gens, c’est que passée la crise, ce qui risque d’en sortir, c’est surtout beaucoup de misère, peut-être des guerres, mais beaucoup de misère assurément. Lui, il a la prudence de s’arrêter au moment où il formule le rêve, la menace n’est que voilée. Mais moi, je suis fortement pessimiste. Je crois que des zones entières vont souffrir de morts non comptabilisées. Et que le confinement va, quand il permettra aux gens de sortir enfin, mettre au jour de nombreuses failles relationnelles et psychologiques. Je pense que confiner, c’est beaucoup plus simple – même si c’est brutal – que dé-confiner. On s’adapte une fois. Deux, c’est plus difficile. Surtout après s’être installé dans un temps long, comme c’est le cas.

ensuite, j’ai fini « Voyage avec un âne autour des Cévennes », de Stevenson. Lecture rafraîchissante de ces gens qui ont un message à faire passer, lecture de voyageur qui tient à sa théorie du plaisir de camper dehors – un plaisir d’aventure que je partage! Le tout avec assez d’auto-dérision pour que je sente un projet frère. Comme chacun sait, c’est mon rêve, ce genre de voyages. Alors j’y étais, pour sûr! En revanche, il fait aussi une sorte de pèlerinage protestant, entre le cours d’histoire et l’hommage aux morts – j’avoue que si se promener dans des lieux qui ont une épaisseur historique fait vibrer l’air et les paysages d’une façon bien plus émouvante, ces remarques étaient en décalage avec mes propres souvenirs de ces paysages-là. Reste que j’ai surligné plusieurs phrases sur le plaisir de dormir à la belle étoile! Dans un coin de nature! – Il reste le jardin…

Je vais renoncer aux récits de voyage en période de confinement. Cela ne fait pas de bien au moral, non, ce sont des rêves qui s’éloignent.

Aujourd’hui, je pioche

non pas dans le jardin, mais un peu partout, dans plein de livres qui jonchent la table, comme un parterre de fleurs pas du tout organisé.

En vrac, il y a : Yourcenar : Mémoires d’Hadrien + Souvenirs pieux + Conte bleu (ce que j’avais en poche, en rayon) ; Eschyle, les tragédies complètes en folio + une vieille edition, la traduction Chambry + un gros livre blanc, l’intégrale des tragédies de Debidour; un Pascal Quignard qui traîne là; un épais livre vert sur la Médecine grecque (Vivian Nutton, aux Belles lettres); il y a aussi ma liseuse et dedans, je lis Stevenson, son tour du Massif central avec sa petite ânesse Modestine, et il a dormi au lac du Bouchet, et nous aussi nous avions fait cela, mais c’était il y a longtemps et j’ai l’impression que c’était aussi lointain que cette époque où il évoque ces auberges avec une grande chambre commune où tous les voyageurs se retrouvent. Il y a aussi un livre de cuisine, « La cuisine romaine ».

Je fais un drôle de métier.

Mais j’attends la fin de la pluie avant d’aller piocher dans le jardin, et transplanter dans la terre ameublie par l’eau du ciel les premiers petits pois du printemps, qui, j’espère, ne gèleront pas sous leur petite serre.