Table de travail

Son absence ne signifie pas absence de travail.

L’objet a été transfiguré, rendu léger, symbolisé. Il a passé, le temps de la table en bois. C’est à présent : vapeur des songes.

Il reste les rituels : le stylo bille, toujours noir, qui glisse vite ; la collection de petits carnets rouges ; le petit ordi dont la touche A laisse béer le plastique blanc au bout des autres carrés noirs, sourire de vieil édenté dans un tableau de Brueghel ; les feuilles grand format qui s’arrachent d’un bloc de papier Clairefontaine où le mot TRIOMPHE s’écrit en lettres dorées.

Les talismans favorisent le travail, attirent ses faveurs. C’est un dieu un peu susceptible, depuis qu’il n’a plus de table. Un dieu ancien. Mais un peu de sang dans une coupe l’attire toujours, l’épée pour l’en tenir à distance, le faire rester, le rompre aux sortilèges. Un dieu cruel, qui n’a plus toutes ses dents.

Reprise de l’atelier d’écriture estival de François Bon!

« Après le livre », de F. Bon

Je sors de plusieurs heures plongée dans mon Kindle. Appropriation progressive de l’objet; je m’aperçois qu’il m’aura fallu une année entière pour commencer à en faire pleinement usage. Je suis lente. J’ai la lenteur des conversions, profondes, tout au fond. On ne remue pas une montagne avec de la poussière soulevée par une caravane.

Je charge des textes et des textes, me constituant une bibliothèque de choix : pour faire cours, j’ai mis Maupassant, et ai lu une nouvelle à ma classe depuis mon Kindle, ce jeudi, tout simplement. Puis des textes aimés, comme dans une vraie bibliothèque portative, Ovide, Sénèque et Lautréamont. Et surtout l’immensité des textes que j’aimerais lire, immensité qui m’apparaît noyade tout à coup.

Lire, et puis le carnet ici.

Ramasser des citations : « Ne pouvant lire autant de livres que vous en pouvez acquérir, n’en acquérez qu’autant que vous en pourrez lire ». Remercier Diderot pour cette idée, qui m’était déjà venue toute seule. Ramasser des livres qu’autant que cela offre un choix. C’est dans son Essai sur la vie de Sénèque. J’aime ces vieux sages, pragmatiques et audacieux, en ce qu’ils parlent au coeur.