Chamade

FriendshipMe voilà amie avec moi-même, et pleine de joie, et le coeur qui bat la chamade. J’ai mis un point final à mon bref roman, après presque un an de travail. Qu’importe sa longueur, ni le fait que j’y ai travaillé par intermittences, selon mes disponibilités, et qu’importe surtout (mais cela va venir!) qu’aussitôt imprimées, les cinquante pages vont être relues, relues, reprises et recousues. J’ai fini! J’ai persévéré! Tout cela a un sens! Cela va quelque part!

J’espère que ce livre appartiendra à la catégorie des livres qui sauvent. Dit comme ça, c’est terriblement ambitieux. Mais je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas être ambitieuse, moi aussi. D’autant plus qu’il me reste du pain sur la planche, du travail sous le coude, etc, etc.

Amie, entends-tu qu’il faut écrire, et réécrire? Au travail.

Ecorce

EcorceMais c’est quoi, être à fleur de peau?

C’est trouver en soi les couleurs de l’écorce.

Les arbres portent des fleurs, sur leur peau, des fleurs de mousse et de toutes les couleurs. Les arbres portent des lichens, refuges aux insectes. Comme je porte les lieux où se réfugient mouches intérieures, menaçantes, comminatoires.

La mouche et l’homme, une longue histoire. Les Erynnies. La mort de la mouche, chez Duras. Les mouches, l’élément si petit, capable de hanter nos âmes comme elles tournoient autour des chevaux, les piquent, malgré leur queue longue qu’ils secouent pour les chasser.

On n’a jamais une écorce assez épaisse.

Etrange, 1

Etrange1Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches, et puis voici l’hiver et l’étrange redoux. Le sol est l’inquiétude, humide et mou.

Dans les questions, on s’enfonce.

Vendredi, un jeune cheval apprenait à tourner à droite, à gauche. Sur son dos, il y avait mon corps, aussi relâché que possible, concentré, accompagnant ses mouvements du regard, du nombril, marquant le geste de la main, puis félicitant, le petit doigt agile à féliciter, au garrot, la voix, toujours la voix qui rassure les oreilles attentives, dressées, un peu inquiètes mais joueuses aussi. Il avait envie de jouer. Après un long exercice réussi, il s’est ébroué joyeusement, poussant ce soupir satisfait du cheval fier de lui, agitant sa crinière aussi parce qu’il pleuvait, c’est vrai, mais qu’importait la pluie.

Dans le sable boueux de la carrière, on s’enfonce. Mieux vaut fixer le lointain, à l’école de la légèreté. Mieux vaut défier la pluie et la morosité du ciel.

C’est étrange, ce mot : légèreté. Mais c’est exactement cela, que je cherche un peu partout, y compris à cheval, sans toujours le trouver. Vendredi, le jeune cheval a appris autant que moi. Je ressentais la signification de cet objectif de cavalier (fût-ce ici, sans mors).

Je pense bien, à cheval. L’espace de la carrière, ses lettres, forment un espace clos comme le fait un sonnet.

Le parler-corps aide à penser. Les idées d’y décantent. Elles germent dans la boue, puis fleurissent. J’aime cet espace où la parole attend, au lieu de précéder le langage.

Marcher devant le cheval. Le ramener au pré. Respecter les habitudes, et la hiérarchie. Ouvrir son licol, le remettre cheval parmi les chevaux, avec le droit à présent d’ignorer l’humain, dont pourtant il vient encore renifler les doigts, chercher la caresse.

La caresse, la marche à l’invisible. La joie très grande de flatter de la main cet espace d’entre l’homme et l’animal, sur la crête de la nature, juste à sa place d’homme. Et qu’importait la pluie.