Le monde se vide

Dehors, le soir, il n’y a plus de gens.

Les concerts commencent tôt, dans une salle qui donne une impression de vide : il y a des sièges libres entre les spectateurs.

Il n’y a pas vraiment d’histoire à raconter, pas de rencontres, pas de sourires complices. Le concert, lui, fut très réussi : les oreilles sont libres, elles, et les sons circulent, eux.

C’est ainsi, fatalité de l’épidémie, nécessité de réduire les risques, la peste, loimos en grec, tout ça, tous les mythes d’autrefois et la surprise de vivre cela un jour, donc, et ça dure, bien sûr – ça ressemble à la vie normale, mais en moins. Moins de gens, moins d’activités, moins de rencontres. Il y a de la vie quand même, surtout dehors, dans la nature. Les écureuils s’agitent beaucoup dans les arbres, en ce moment, et préparent l’hiver avec frénésie. Les noix, les glands, les noisettes craquent sous les pieds des promeneurs. Les écureuils me rappellent que tout le reste n’est qu’un épiphénomène à l’échelle du cycle des saisons. Et eux, je ne parviens pas à les photographier : ils bougent sans cesse. En revanche, le monde qui se vide et s’immobilise ressemble, c’est un symbole, à ceci. Une image pour dire le silence.