L’écrit du stylo bille

Hier, je suis allée à la Librairie écouter un biographe de Musil parler de son livre. C’était attendrissant d’entendre sa voix un peu cassée expliquer la singularité d’un auteur intransigeant, exact, rigoureux dans son travail et sa vie.

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J’ai lu « L’homme sans qualités » en 1995. Pour moi, c’est un texte terriblement adolescent, un texte de quête de soi, de tentatives, de routes prises et retroussées, d’élans et d’ironie farouche, débordant de franchise et de sensualité. Je me souviens de ça, et de l’étroitesse des possibilités dans un monde où règne l’emprise de la guerre, de la vie militaire qui se faufile partout et coud les bouches, les gestes, les esprits. C’est une lecture lointaine, peut-être est-ce pour moitié le souvenir de mon année 95.

Hier, j’ai renoué avec le carnet.

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La force du stylo bille; la joie d’être quelque part sans bouger, cadre non hostile, voix avec des mots riches, le carnet, le stylo. Et aussitôt, ce qu’on croyait tari sourd de soi.

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Un poème est venu, prenant la forme qu’il voulait, celle du souvenir qui remonte, par vagues. C’était au moins aussi bien que d’être au bord de l’océan, et d’écouter l’eau qui monte, et jaillit contre les rochers. J’ai saisi l’écume du souvenir.