Un choc esthétique

Samedi dernier, se jouait 2666, adaptation théâtrale du roman de Roberto Bolaño par Gosselin, aux ateliers Berthier.

Choc esthétique que je peux assimiler, dans ma quête du mot juste et de la comparaison juste, à celui ressenti par des Anglais voyageurs, ou des Français ou des Allemands, voyageurs et découvrant Florence, Sienne et toute l’Italie au XIXème siècle. Découvrir, pas si loin, une autre architecture et ses merveilles.

Le livre est fruit du génie esthétique, politique et généreux de Bolaño.

La mise en scène est une claque dans l’univers visuel du spectateur.

D’acte en acte, le spectacle s’intensifie du jeu psychologique et symbolique à la représentation poétisée et presque dansée des émotions; le propos s’approfondit tant sur le plan politique (oui, ce texte est profondément féministe) que dans le chemin de réflexion proposé sur la création artistique et ses enjeux : la magie, le mystère, la mémoire, l’amour, tout ce que parfois on nomme l’âme du monde.

C’est peu dire que j’ai aimé cette journée passée au théâtre.

A la lutte?

L’image du moment a été peinte par Picasso, et s’appelle « La mort du torero ». C’est un tableau qui se trouve au Musée Picasso. Mais je n’ai pas besoin d’aller le voir pour le ressentir. D’abord, je tiens à dire que ce taureau noir et ce cheval blanc, ça me fait penser a posteriori à la pièce de Bérangère Vantusso, qui travaille avec des marionnettes, et dont j’avais vu « Le Rêve d’Anna » au CDRT. C’était une pièce très onirique, avec des personnages hyper réalistes en même temps. Elle revient pour la saison 2016-2017. Je vais y retourner. D’autant plus que cet étau, l’espace qui se resserre entre les deux rêves à dompter, par la violence ou par la ferme douceur, et le constat terrible que l’irrésolution mène inéluctablement à la mort, c’est exactement ce que je ressens.

PicassoLaMortDuTorero

La lune me l’avait dit

Ce matin, elle m’a réveillée.

Lune fond noirOn ne voit presque rien, mais dans le cadre de la fenêtre, se détachaient nettement, derrière les branches nues de l’arbre chargé de bourgeons vert pâle, le mur de tuffeau clair de l’autre côté de la rue, le toit d’ardoise, et au-dessus, un croissant de lune qui tremblait, un fin croissant en C de lune finissante. Mais très lumineuse. Si bien que l’appareil photo l’a saisie presque ronde, et autour, à côté, tout s’est fondu dans l’obscurité de l’insignifiance.

Tout-à-l’heure, je suis allée au théâtre. Parce que festival, parce que pluie, parce que vie là-bas, gens aimés, lieu aimé, lumière des baies vitrées aimées, confort des fauteuils aimé aussi. Je ne savais pas trop ce que j’allais voir. Oups, des clowns, ai-je pensé. Oups. Oups, des clowns. Vous êtes ici. 

C’est donc ça : j’étais là, ici, au théâtre, enfin bref, ce serait des clowns. Et puis, petit à petit, je me suis détendue. Petit à petit, j’ai ri. Dans un premier temps, parce que ces clowns ont la bonne idée de ne pas trop se mêler au public (je n’aime pas ça, qu’on aille chercher un quidam parmi les spectateurs, qu’on ne m’arrache pas au fauteuil confortable!). Dans un premier temps, c’était juste du soulagement. Oui, il faut poser des limites, la vie est pleine de limites. Et puis, petit à petit, l’embarquement, le dépassement, la philosophie, le tourbillon de bonne humeur et d’intelligence. Courez-y. C’est la lune qui vous le dit.