La pluie, les escargots, et tout ce qui s’ensuit.

Sortir un peu moins le bout de son nez, tandis que les escargots dévorateurs abîment mon travail de jardinière, censé tenir sur les fragiles équilibres de ma paresse et quelques lectures de livres justifiant le désordre herbacé, le nommant du doux nom de permaculture.

La pluie, et j’écris, je lis, je lis!

J’ai fini « Un thé au Sahara », de Peter Bowles. Il y est question d’un temps où le mot « aventure » signifiait quelque chose qui pouvait avoir rapport avec le risque, l’ailleurs, l’étranger, la maladie, l’errance, la mort.

Sans filet de sécurité. Sans protection. Sans le groupe-bouclier, les campagnes de prévention. Ce monde d’avant date pourtant de moins d’un siècle. Mais depuis tout a basculé. Dans mon monde, les renversements, les émotions, les aventures sont calculées.

Je balance les escargots que je choppe dans les fraisiers, je les balance dans les bambous, je m’en voudrais de les tuer. Et je me demande si nous ne sommes pas tous devenus, par mutation d’état d’âme, des escargots. Les personnages de Bowles n’en sont pas, eux. La plupart de mes amis, de mes connaissances, et moi, je le crains, je le crois, si.

Carpe diem

Un tableau, tout en écoutant Monteverdi, Le Ballet des Ingrates. C’est une invitation à savourer l’instant, la jeunesse, le printemps; à ne pas refuser aux beaux jours les plaisirs innocents des voyages, de l’amour – car ils seront punis d’un éternel malheur, ceux qui diffèrent sans cesse les bonheurs du présent.

Ceci est un tableau de Franz Marc. Il mourut jeune, à la guerre. Il aimait les couleurs, les femmes, les animaux. Il aimait les traits décidés, les teintes vives.

J’ai foi dans ce moment étrange, qui chaque année se renouvelle, dans ce moment magique qui s’appelle le printemps.

Au vent

Vol des oies sauvagesCi-dessus l’époque révolue, la fin du mois dernier, le vol des oies sauvages.

Ci-dessus quand le ciel bleu, pur, ouvrait la voie aux oies.

Ci-dessus quand les traits lumineux menaient à l’aventure.

Ci-dessus quand le ciel.

Ci-dessus quand nos yeux.

Ci-dessus quand existaient les prières.

Ci-dessus quand on se sentait dessous, petit, ensemble.

Ci-dessus quand on croyait encore.

Ci-dessus quand.

Maintenant l’ombre, la nuit, les dessous de l’hiver, la brume égale, les pulls, la laine qui enferme, le gris du bitume, l’absence de fièvre qu’on vérifie du revers de la main, le monde sans horizon mais le monde horizontal, la brume qui ne se lève pas, pas d’image mais ce coton autour, moins d’aspérité, moins de formalisme, pas vraiment de hauteur, pas vraiment de départ.

Et cette phrase qui murmure, celle qui vient de ci-dessus, qui ne commence pas, ne s’achève pas, mais dit :

au ciel de nos ailleurs.