Remarque/Bossuet, le goût de l’apocalypse (brouillon2)

Je ne sais pas si je peux vraiment me servir d’ici comme un carnet. Je songe que Bossuet n’a pas de goût pour l’apocalypse : il veut lire dans le texte de Jean une interprétation solide, ferme, univoque, toute à la gloire de l’Eglise. On pourrait inventer un dialogue de sourds entre Bosch et Bossuet.

Bosch dirait : je vois, avec mes yeux de verre, toute l’opacité du monde, la cruauté des hommes, et les méandres de puanteur dans leurs coeurs sales.

Bossuet, du haut de sa chaire, tendrait les mains vers le ciel, prêcherait que toute souffrance à un sens, rapproche le pêcheur de Dieu.

Jérôme Bosch ne rirait pas. Il secouerait la tête, gravement, irait laver ses pinceaux. Il ne croit pas que les épreuves imposées en ce monde ont un sens. Il bannit ce mot savant : eschatologie. Il représente ce qu’il voit, ici et maintenant, il sait que son tableau parle des âmes des vivants, et non du corps des morts.

Bossuet agiterait les pans de son long manteau noir.

Bosch peindrait ce qu’il verrait : un corbeau qui mange une cervelle. Une oreille percée d’un stylet. Un homme qui s’accroche à une harpe, comme si sa vie dépendait de la voix dérisoire qui en sort. Un corps de femme devenue silhouette blanche et nue, depuis le temps que Bossuet n’a pas vu de femme, jamais, jamais en fait. Des suppositions qui déchirent les entrailles.

Bossuet couvre ses yeux de son manteau. Fondu au noir.

Le goût de l’apocalypse (brouillon1)

C’était un dimanche de pluie. Il faut bien que l’apocalypse commence quelque part.

Il y avait un tableau de Hieronymus Bosch ouvert dans un grand livre d’art, sur la table basse. Hieronymus est plus joli que Jérôme, rappelle le caractère sacré du prénom, comme si l’étymologie pouvait ramener au pays des mystiques sa radicale étrangeté.

Le goût de l’apocalypse lui était venu de séries sans joie. Des histoires de zombies, de dents qui claquent, d’yeux vitreux, ensanglantés, de plaies béantes, de morsures, de membres arrachés, sangs répandus, mêlés, brûlés, corps traversés par le fer, le feu et la douleur. Des blockbusters, World War Z, avec Brad Pitt. Il n’y a pas de grand écart culturel, juste une appétence de décomposition du monde.

CECI EST UN POINT DE DEPART.

(Image : La Vision de l’Enfer, Jérôme Bosch, détail, source : cosmovisions.com)