Renaissances

Petit à petit, je retrouve un sourire, et par là une vie un peu plus souple. L’activité orageuse ne faiblit pas pour autant. L’arrivée des examens me stresse, m’inquiète, m’angoisse. Les lots de copies – comment se concentrer! Petit à petit, je jette les vieilles peaux. J’ai mis à la poubelle un vieux tee-shirt rouge, un mélange de soie et de coton que je portais parfois sous une robe noire sans manches. J’avais acheté ce haut quand j’avais dix-huit ans. Je l’avais reprisé plus d’une fois. Il était assez doux, mais râpé. On ne m’enterrera pas dedans, donc. Il va brûler parmi les ordures du monde. J’invoque donc les Phénix, et vais relire Diderot – Regrets sur ma vieille robe de chambre. Mais non, je ne regrette pas ce geste un peu vif : je veux faire de la place pour un peu de mieux, de nouveauté, et d’air pour faire prendre le feu.

Du vent, du sable et de la colle

L’humeur est à la tourmente.

J’aimerais courir et sautiller mais tout me contraint.

Le temps est sable et colle. Fluide et poison.

S’enroule autour de moi le long boa des heures. Gris. Vermeil. Couleur d’écaille.

J’aimerais être tronc, racine, mousse, et résister au vent.

L’érotisme profond des racines en herbe.

Mais le vent a rasé les pousses du printemps. Il reste colle, et sable. En mourir, bouche pleine.

Histoires de mon corps : le rire impossible

M’étant blessée, je ne peux plus rire. Depuis trois semaines. C’est long.

Je ne m’étais jamais aperçue que je ris bien vingt ou trente fois par jour, en temps normal. Je glousse, je ris quand une cuillère tombe par terre, je fais de l’humour noir quand je regarde les infos, je ris avec le chien, avec l’homme, avec l’enfant, avec l’ami, je ris, je ris! Là, je ne me vois pas très belle en ce miroir. J’espère que cela reviendra. Rire, c’est tout de même une fonction d’usage fréquent, tout autant voire davantage que manger et boire – et cela, je ne le savais pas.