Prière du dimanche laborieux

C’est un long tunnel que ce dimanche gris

Table de travail murs tout me semble dur

Tunnel aux parois froides creusé dans la montagne

Tunnel étroit et noir rime avec cauchemar

Que j’ouvre des fenêtres

Que je creuse les murs

Et le flanc montagneux s’ouvrira sur le vert des prairies

Les chamois accueillants bondiront un instant

Que j’aie la force de creuser

Jusqu’à l’air si léger

Ou que je parvienne à aimer l’humidité glacée du tunnel

Rêver, et puis passer à l’action

Tel un chat qui poursuit des souris en sommeil, tel l’enfant qui dort sous un arbre à bonbons, j’ai rêvé.

Tel un poussin qui croque un ver en sommeillant, tel un agneau qui tête en dormant à l’étable, j’ai rêvé.

Et me voilà si grande, debout sur les épaules solides de mon emploi du temps. Et me voilà campée sur mes jambes grandies, me voilà dotée de muscles qui fonctionnent, d’yeux qui voient, de diplômes et titres acquis. C’est tellement étrange. Il faut dérouler l’année, y parvenir, tout réussir. Mais il ne s’agit pas d’un défi impossible : c’est dérouler la course pour le champion qui s’est préparé. Dans le calme, sans accroc, développer la puissance mentale accumulée. Les quelques jours de projet, les quelques jours de ceci, de cela, les partages de travaux, l’organisation. C’est faisable. Courage, persévérons. J’ai envie d’être EXCELLENTE. Et de plus EXQUISE. C’est possible. Il y a une boule d’énergie en moi.

Je ne voudrais pas pêcher par orgueil. J’ai toujours peur de ça. Peur de l’ὑβριϛ. Je veux bien être, juste à ma place, un excellent professeur, avec de beaux projets réussis, et une femme exquise, vraiment charmante. Rien de grave. Rien qui offense le ciel, ni les dieux. Je voudrais juste, avec joie et simplicité, dérouler toutes les chances qui j’ai reçues, leur rendre hommage, leur permettre de s’épanouir à leur juste mesure. Tout simplement à ma place.

Finalités du monde ancien

Ayant à la tête et au coeur la ligne flexible de l’horizon marin, ayant à l’esprit la crête des montagnes, ayant en vue le ciel et au pied le chemin, fille des lignes, fille des lignes, sur celle du présent je marche et marcherai, puis plongerai demain dans le monde ancien.

Le monde ancien pourquoi? Le monde entier au coeur? Le monde entier et moi, le monde ancien se meurt. La ligne du présent sur le flux des espaces occupera le ciel sans ligne d’agenda. Fille des lignes, fille des lignes, les lignes tu ignoreras.

Il n’y a pas de but à l’oiseau dans le ciel, il n’y a pas de chute ni d’Icare au soleil. Avoir la tête au coeur et marcher sur les eaux, le ciel est au rêveur le sable des oiseaux. Fille des lignes, fille des lignes, connais combien flexible est l’horizon humain.