Ballade pour Wapiti

Quand elle vit un lion

Elle sauta de travers,

Le lion fit un bond

Dans son imaginaire.

Lion était-il blond

Ou était-il de pierre?

Son imagination

Le vit tel une panthère

S’apprêtant à bondir

Sur son flanc de jument.

C’était, à vrai dire,

Un lion d’ornement.

Souvent jument surprend

Et fait pas de travers;

Jamais rêve ne ment,

C’est là tout le mystère.

Quand elle vit un lion,

Le monde s’anima,

Et l’imagination

Reprit enfin ses droits.

Enchantement

L’intelligence des mots de Barbara Cassin.

En vrai, je l’admire. C’est une émotion extrêmement agréable. En plus, je crois comprendre ce qu’elle dit. C’est très bien aussi. Cela synthétise et éclaire sous un nouveau jour beaucoup de sensations et de perceptions confuses que j’ai depuis longtemps sur la langue grecque. Un peu comme découvrir un paysage que l’on arpente souvent dans une exposition, peint par un grand artiste, ou photographié par quelqu’un à l’oeil vif, ou cartographié, mis à plat, d’un coup. Passer de l’expérience à la connaissance.

En vrai, je suis reconnaissante.

Une sorte de gelée

a embaumé mon coeur. Je n’attends que ces moments qui palpitent dans la lumière de l’hiver. J’écrit automatiquement les mots, pensant qu’à l’entrée s’effleure un message que seuls les oiseaux comprennent. Poétique du seuil, espace où il ne convient pas d’entrer, comme si la poésie se tissait, se tissait dans les rets de la reine des abeilles qui en garde l’entrée, une reine énorme avec son diadème et son trône et qui bourdonne de tous les attributs du pouvoir. Alors à l’entrée l’araignée tisse et retisse des toiles légères et mensongères, et c’est sur ce seuil que tout se joue. Ce qu’il y a dedans? Mystère? Ce qu’il y a dehors? Mystère. Peu importe, au fond, en surface, peu importe, la mystique c’est de se tenir aussi exactement que possible sur l’espace étroit, fragile, instable de la porte. Une sorte de gelée embaume l’avant et l’après. C’est ce seuil qui vibre et palpite de la gelée blanche qui se dépose, diaphane, la goutte de rosée démultipliée sur les toiles d’araignée au matin, transformant les champs désolés en immense toile exotique où l’on entend vibrer les chants des ramasseurs de fleurs de coton. Ce givre de coton a embaumé mon coeur, et je vibre de seuils en seuils, sur la toile fine et imperceptible d’un éternel présent.