Petite ligne

J’écoute l’écho du jour, la petite ligne musicale qui lorgne sur le réfractaire, la zone d’ombre et de calcaire, là où ça achoppe, là où ça fond.

Je suis toute d’assurance, les tours de passe-passe, les je-sais-y-faire. Il y a la vieillerie qui donne confiance, le pouvoir de l’expérience, le fait d’être en place. Les projets sont solides, la vie est calculée, le temps est imparti, le temps ne peut pas partir, ne peut pas fuir ni divaguer, tout est sous contrôle. Calculs prévisionnels. Programmes de vie. Vues placées, angles de perception savants. Prise en compte de l’usure, du taux de fatigue. Plages de décompression ménagées; ménagements aménagés.

Et puis il y a l’écho, l’écho qui se tape le cul par terre et en rigole, l’écho qui se tord et se distord, l’écho, la petite ligne musicale qui se rebelle, l’arrière-fond qui rit, la caverne aux secrets, l’autre ligne, qui mêle rire et angoisse, qui sait que tout échappe, qu’on n’est jamais maître de rien, la ligne du va-comme-je-te-pousse, la ligne de l’imprévisible, et on aurait beau essayer de la canaliser dans un poème, un canal, un tunnel, un tuyau de plomberie, une flûte de pan, elle ne pourrait pas rester prisonnière, c’est un flot, c’est une vague, c’est une vibration pas vraiment linéaire, une oscillation électrique, du rire et de l’angoisse et les deux en même temps, la conscience que rien n’est acquis, notre être si fragile, la précarité d’être soi, la précarité d’être nous et la précarité du quelque part, d’où je parle et d’où ça vient, rien n’est sûr, dit cet écho, écho, écho.

Et quoi donc? C’est réfractaire, ça achoppe et ça fond, ça gratte et ça suinte, les deux en même temps. C’est le grésillement léger du disque ancien, ou ce souffle si curieux qu’on essaie d’effacer complètement dans les enregistrements modernes. Les étoiles font du bruit en tournant : nous sommes si petits qu’on a peine à les entendre. Mais chacun de mes pas fait vibrer cet écho, d’angoisse et de rire, de rire et d’angoisse, j’achoppe et je fonds, je suis en vie, j’ai peur, j’avance et j’ai peur mais c’est très musical.

Comme un bonheur, trouver sa place

Dimanche, j’ai pu bénéficier du généreux et précis savoir-faire d’un très beau cheval, et d’un poney coquin.

Asso Quadrupède Poney assisEt la vie tourne, et il se pourrait que ce soit un très bel été, et de très beaux jours à venir, une cheminée l’hiver, des livres, de grandes balades, des soirées animées, des fleurs au printemps. Il se pourrait – restons prudents. Il se pourrait, l’harmonie. Ce n’est peut-être pas impossible. De la tuile sur le toit retenir la lumière. De l’ardoise connaître la joie du gris. Il se pourrait la terre, la vie, la joie. Parfois je songe aux jours et à la pourriture, à ce qui fait naître en soi l’odeur de moisi et la sensation d’enfermement, je ne sais pas d’où ça vient, d’épaules trop basses, d’un manque de respiration ou de pas assez d’amour, de souplesse, de générosité. Peut-être que ce qui blesse les gens, c’est la paresse, la paresse de faire, d’oser, d’aimer et d’agir. Notre ennemi c’est la fatigue et le manque de concentration, toujours.

Et la vie tourne, peut-être est-ce important d’aimer bientôt retourner travailler, et faire, mener de grands et petits projets. Le cheval sur le rond de longe est précis. Il est à l’image des horloges, pas actif. Il va. Et c’est cet allant, cette allure, ce qu’il y a de plus beau au monde. Comme l’eau du torrent, ou les vainqueurs, à la course. La force qui va.

Asso Quadrupède Longe Xylo(Photos Eva Malmasson, Association Quadrupède)