Ce moment suspendu,

ouvert sur le territoire rocailleux, sur la montagne à gravir, est entièrement métaphorique. J’hésite à me lancer dans l’ascension douloureuse aux mollets, dans la relecture du texte. Pourrai-je esquiver cet effort? Non. Je peux seulement suspendre encore un peu le moment, être l’aï à la branche, garder les yeux fermés au matin alors que le soleil est haut et que le réveil a sonné, rêver encore un peu; mais elle m’attend, la montagne. Et le drapeau que c’est, d’être soi debout, dans la lumière de midi, sur la hauteur, et trouver la plaque de l’Institut National de l’Information Géographique sur laquelle est gravée exactement l’altitude vaincue, cela vaut davantage que quelques instants de paresse grappillés au matin. Je vais donc quitter le rêve du texte réussi. Je vais lacer mes chaussures grises par-dessus des chaussettes épaisses, et grimper. J’étire ce moment en le racontant. Puis sonne l’heure de la vivre.