Modification

En ce moment se produit une modification profonde, un glissement de terrain silencieux, tectonique de la structure interne de l’Alice.

Jusqu’ici, l’Alice était un animal-professeur tenant aussi farouchement à son métier qu’une loutre à son coin de rivière. Se sentant elle aussi une espèce un peu menacée, de celles qui ont besoin de la tranquillité de leur bord de rivière pour jouer avec les poissons, croquer dedans, pêcher des idées et encore des idées. Elle disait toujours que même si elle gagnait au Loto (encore eût-il fallu jouer), elle garderait au moins un mi-temps, c’est si chouette, le rythme, la vie, le contact, les élèves.

Maintenant, l’Alice se dit qu’elle devrait peut-être jouer, ou mieux encore, gagner quelque chose qui lui permette de faire autre chose. Maintenant, je saurais très bien quoi faire : deux demi-journées à cheval par semaine; des livres à lire; et surtout écrire, beaucoup, régulièrement, plus vite et plus souvent. Dîner deux soirs par semaine avec les amis. Le vélo; les enfants; les lieux. Les gares; les rendez-vous. C’est comme si un apprentissage s’était fini, comme si j’étais une poire mûre sur le poirier, qui ne demande qu’à être cueillie, qui n’a pas envie de pourrir à un mètre cinquante du sol, impuissante. J’ai l’impression d’avoir acquis mon propre rythme, et que le travail vient non pas en impulsion, mais en brisure.

Ce sera un peu compliqué à mettre en place. Il n’y a pas d’urgence. Mais c’est ce que je ressens.