Pourquoi je m’appelle Scaliger

Ce n’est pas mon vrai nom. Je suis une vraie Alice. Mais Scaliger est un nom choisi, mon vrai nom qui a de véritable son invention – comme on invente un trésor. J’aime mon nom de famille, mais que voulez-vous, je suis femme, et j’ai épousé mon nom de Scaliger comme on épouse un livre, une profession, voire, dans certains cas, un mari.

Le manuscrit que vous ne lirez pas sur ce blog, celui qui m’occupe le matin, plus rarement le soir, c’est l’histoire de ce nom : Scaliger. L’histoire d’une Alice qui descend de Jules-Joseph Scaliger, lui-même fils de Jules-César Scaliger. Cette famille de la Renaissance qui (attention, vous n’aurez ici que quelques informations wikipédiesques, l’imaginaire un peu délirant mais fécond que j’associe à ce nom fleurit sur les pages du manuscrit en cours), famille qui mêle érudition, allégations orgueilleuses – descendre de César, qui lui-même avait Vénus, la déesse, en lointaine ancêtre; érudition et batailles savantes, de bonne et de mauvaise foi; connaissance des plantes et empoisonnements à Vérone; chaire à l’université et voyages pour fuir, rencontrer, disputer, se fâcher, se réconcilier, soigner, parfois guérir et parfois tuer; eh bien ce sont mes ancêtres. D’ailleurs, dans ma famille, on ressemble à ça : on sait beaucoup, on dit savoir plus encore, parce qu’on sait vraiment autre chose, qui a trait au mystère. Le tout, c’est de bien cerner le mystère, mieux vaut y entrer accompagné, mais seul, on peut le contempler en marchant tout autour. Comme un lac de montagne, vous voyez. D’ailleurs, j’y cours. Au lac de montagne : froid en son centre, étrangement pur, attirant, brillant; petit joyau des cimes. Pour y plonger, mieux vaut s’appeler Scaliger – ou être un oiseau, bien sûr.