Remarque/Bossuet, le goût de l’apocalypse (brouillon2)

Je ne sais pas si je peux vraiment me servir d’ici comme un carnet. Je songe que Bossuet n’a pas de goût pour l’apocalypse : il veut lire dans le texte de Jean une interprétation solide, ferme, univoque, toute à la gloire de l’Eglise. On pourrait inventer un dialogue de sourds entre Bosch et Bossuet.

Bosch dirait : je vois, avec mes yeux de verre, toute l’opacité du monde, la cruauté des hommes, et les méandres de puanteur dans leurs coeurs sales.

Bossuet, du haut de sa chaire, tendrait les mains vers le ciel, prêcherait que toute souffrance à un sens, rapproche le pêcheur de Dieu.

Jérôme Bosch ne rirait pas. Il secouerait la tête, gravement, irait laver ses pinceaux. Il ne croit pas que les épreuves imposées en ce monde ont un sens. Il bannit ce mot savant : eschatologie. Il représente ce qu’il voit, ici et maintenant, il sait que son tableau parle des âmes des vivants, et non du corps des morts.

Bossuet agiterait les pans de son long manteau noir.

Bosch peindrait ce qu’il verrait : un corbeau qui mange une cervelle. Une oreille percée d’un stylet. Un homme qui s’accroche à une harpe, comme si sa vie dépendait de la voix dérisoire qui en sort. Un corps de femme devenue silhouette blanche et nue, depuis le temps que Bossuet n’a pas vu de femme, jamais, jamais en fait. Des suppositions qui déchirent les entrailles.

Bossuet couvre ses yeux de son manteau. Fondu au noir.