D’un autre monde

J’aimerais écrire pour ceux qui ne le savent pas le roucoulement du soir, dans la volière, quand les oiseaux saluent le soleil du couchant. J’aimerais partager ce son si particulier, faible en volume, intense en divinité. J’aimerais que d’autres sachent cela, parce que tant de paix en émane, de consentement à la vie, à la mort, au destin. Mes oiseaux en volière (ils ne sont pas en cage, pas plus qu’un humain n’est en cage dans son appartement, et bien plus confortablement installés, hélas, que bien des humains) sont de vrais petits sages. Peut-être parce qu’ils ont le confort de songer à la vie, à la mort, au destin. Ils mangent, jouent, se lavent, s’ébrouent, et lorsqu’ils écoutent le manteau de la nuit qui s’étend sur le monde, ils saluent doucement le soir, par de petits roucoulements brefs et mélodieux, d’un oiseau à l’autre se répondant, l’un finissant la mélodie de son frère, et l’autre reprenant sa chanson. Puis ils se mettent en boule, la tête sous l’aile, précautionneusement. Ce sont les sages du rythme, ce sont les fils du vent, un petit lien ténu entre notre monde de terriens et le ciel.