Une sorte de gelée

a embaumé mon coeur. Je n’attends que ces moments qui palpitent dans la lumière de l’hiver. J’écrit automatiquement les mots, pensant qu’à l’entrée s’effleure un message que seuls les oiseaux comprennent. Poétique du seuil, espace où il ne convient pas d’entrer, comme si la poésie se tissait, se tissait dans les rets de la reine des abeilles qui en garde l’entrée, une reine énorme avec son diadème et son trône et qui bourdonne de tous les attributs du pouvoir. Alors à l’entrée l’araignée tisse et retisse des toiles légères et mensongères, et c’est sur ce seuil que tout se joue. Ce qu’il y a dedans? Mystère? Ce qu’il y a dehors? Mystère. Peu importe, au fond, en surface, peu importe, la mystique c’est de se tenir aussi exactement que possible sur l’espace étroit, fragile, instable de la porte. Une sorte de gelée embaume l’avant et l’après. C’est ce seuil qui vibre et palpite de la gelée blanche qui se dépose, diaphane, la goutte de rosée démultipliée sur les toiles d’araignée au matin, transformant les champs désolés en immense toile exotique où l’on entend vibrer les chants des ramasseurs de fleurs de coton. Ce givre de coton a embaumé mon coeur, et je vibre de seuils en seuils, sur la toile fine et imperceptible d’un éternel présent.