Mer biographique

J’aimerais apprendre à écouter les textes. Et plus encore, j’aimerais parvenir à enseigner à mes élèves comment écouter les textes. Comme on met son oreille contre une conque pour entendre le bruit de la mer. Souvent, on ne leur a jamais montré.

Mes cours ce matin ont été terribles : la première heure, ça allait; la deuxième, bon; la troisième, plus difficile; la quatrième, je n’arrivais plus à mettre un mot devant l’autre. Fièvre, rhume, toux et éternuements intempestifs, les noeuds dans les neurones, et en grec ancien, ça ne pardonne pas. Tant pis. Ce sont des choses qui arrivent. L’idée d’aller chez le médecin, de prendre rendez-vous, d’y aller, tout ça, m’épuisait plus encore que de me rendre, routine, au lycée.

Mais si seulement ils arrivaient à écouter la mer des mots, on naviguerait plus facilement, par temps rhume.

J’ai pris le bus, pour une fois, plutôt que le vélo. Portée par le roulis, pourtant en porte à porte assez confortable, paraît-il, j’avais un authentique mal de mer. Hardi marin en moi roulé en boule tout en fond de cale. Déjà tôt, la métaphore était marine. « Ne cherchez pas des patates dans la mer », hurlait Don Quichotte. Figure de style brune et controuvée, j’ai coulé, ce matin, du nez, de la poupe et des yeux. Ah! si seulement ils savaient écouter les textes un peu mieux, je pourrais disparaître et me taire – en plein paradoxe sur le comédien, toutefois, je fais ma diva, évidemment. Toute occupée à jouer d’âme. Ferais mieux de me faire coquillage, et de rejoindre le fond de la mer, évidemment.