Suite de la parole qui déborde

Et alors, je me demandai pourquoi toujours se plaindre et à cause de quoi faire comme s’il ne m’allait pas, ce néant. Car c’est peut-être ça le bonheur, en tout cas une forme de bonheur béat, courir avec son chien, courir après le temps, courir après les copies qu’il faut corriger et courir dans les couloirs du lycée, toute imbue de mon importance, est-ce que ça ne serait pas une forme de bonheur, en plus, au fond, voilà je n’ose pas dire ce mot : propitiatoires, c’est le mot exact, j’exprime des plaintes propitiatoires, je gémis et je me plains parce que si je dis que je suis heureuse, ou quelque chose d’approchant, j’ai peur d’attirer le mauvais sort et la punition des dieux comme un gros arbre attire la foudre au milieu d’un champ. Bref! n’est pas J….. (je voulais écrire Johnny Hallyday, et viens de m’apercevoir que je ne sais pas écrire son nom, des pans de culture entiers me manquent), alors je rectifie avec ma vieille culture : n’est pas Jonas qui veut, il n’y a nulle Ninive à détruire et je ne crois pas qu’à mon sort quiconque apporte le moindre intérêt. Je puis être heureuse sans être peureuse. A moins que… Sauf si… Et si l’impossibilité d’écrire n’était que la malédiction que je choisissais, comme un paratonnerre, pour faire de ma vie un éternel inaccomplissement? Oui, c’est un peu tordu, mais peut-être digne de l’éducation que j’ai reçue. Je médite.