Le soir

C’est un titre sobre : le soir. J’aimerais rendre ici compte d’un moment de concentration exacerbée, une concentration de lumières et d’odeurs, dans les rues, dans ce moment étroit où la nuit se substitue au jour. Sur la pierre grise et beige, des motifs se dessinent. Certains sont dus au hasard, aux pluies qui ont tracé leurs lignes selon le sens du vent, envoyé des messages mystérieux. On trouve aussi, au dessus d’une porte, la petite sculpture protectrice d’un saint berger, son mouton à ses pieds, un bâton ou une crosse à la main, une pierre sur l’épaule, comme s’il avait présidé à la construction de la maison. Ce qui est étrange, c’est que ce sont les attributs de saint Bénézet, on le trouve très au sud, vers Avignon je crois, ou vers le pont du Gard, rien à voir avec la Touraine. Peut-être un habitant nostalgique de son sud natal, vers le 16ème, le 17ème siècle? Un peu plus loin, un visage d’ange, encadré bizarrement de deux ailes, sourit, tout joufflu, et surmonte joyeusement une porte. Un pan de mur rappelle une maison un peu écroulée, ainsi qu’un carré de digitales rose foncé qui montent à deux ou trois mètres, depuis des siècles, a-t-on l’impression.

J’aime m’enfoncer dans le soir. Au moment où le soleil se couche, les siècles s’écrasent sur l’horizon.