L’été fantastique, 7 (je persévère)

Presque au bout de l’aventure de l’été, l’atelier de François Bon. (J’ai vécu en parallèle bien d’autres aventures, et l’été semble si loin que la notion de distorsion temporelle, puisque tel est l’objet du paragraphe, cette fois, m’est d’une déconcertante et déprimante évidence.)

« Distensions du temps »

Et qui seraient les fous qui vivraient sur une seule ligne temporelle, tels des musiciens abâtardis répétant la même note sans jamais construire de mélodie, sans connaître le joie des accords? Dehors, les cris des mouettes qui savent la partition du vent; maintenant, mon enfance, mouette, tout cela ramassé en un son. L’humble mouvement de la mouette immobile, remuant l’aile, décalant la note. Et qui seraient les fous qui vivraient sans la rage, la rage de retenir le souvenir du crime disparu, enfoui, le crime que c’est d’être vivant puis d’être mort, de d’habiter, pour ceux qui restent, la maison, cette maison qui est à eux pour un temps. Et qui seraient les fous, à fermer les écoutilles, à ne pas entendre le flux et le reflux, les voix des morts, ceux qui murmurent qu’ils veillent sur nous, nous épaulent, portent nos projets et nous bercent dans cette voix chuintante, le souffle qui nous maintient ouvert et annonce qu’arrive bientôt pour nous aussi l’absence de vent, le vent catabatique, le vent descendant, et ce chemin qu’il nous faudra traverser sur la seule onde du dernier souffle jusqu’à nos morts. Et qui seraient les fous qui ne connaîtraient pas cela, d’habiter une maison, la même et la semblable, celle de gens qui ne sont plus, qui sont là encore, leurs pas dans l’escalier et leur souffle sonore. Et qui ne verraient pas, levant les yeux sur leur propre visage, le reflet d’une absurde continuité, non voulue et violente.