Dormir est un défi

en cette période. Mais cette nuit, j’ai dormi (contrairement à la précédente, où j’avais lu de 3 heures du matin à je ne sais quand, une journée que j’avais commencée en dormant, une journée finalement active mais décalée, une journée où je n’avais pas eu le temps de venir écrire ici).

Dormir, la non- activité la plus animale et la plus banale qui soit.

La période de passivité et d’abandon absolu. Ici, temps de suspens, temps de tendresse infinie pour tous les êtres avec qui j’ai dormi. Mes enfants. Mes animaux. Et ceux dont la confiance est rare, surtout quand il s’agit de s’y glisser avec eux, les rares amours de ma vie. Que j’ai aimé regarder dormir. Et à qui un pluriel ne convient assurément pas.

Jamais, au bout de trente jours de confinement je peux dire jamais je n’avais connu de période où les contraintes temporelles soient si peu présentes. Même l’été! Il y a les rendez-vous, pour ceci et cela, les invitations à dîner, la vie, la vie comme elle va. Mais là, le corps prend le dessus et commande aux horloges. Dormir, ne pas dormir. Tentez de garder un rythme, nous dit-on. Ah, je ne sais pas, c’est vain, tout cela. Chez moi, c’est devenu un zoo. Les humains s’y sont faits reptiles étendus au soleil. Je vis avec un alligator. Je suis devenue une tortue.

Devenir un animal qui sait lire l’heure, peut-être. Ou changer d’animal. Qu’est-ce que j’aimerais bien devenir? Lézard, mouche? Héron du ciel? Où dorment-ils, et quand, les hérons?