Sous la nuit étoilée,

je regardai la terre frémir de froid. Le pied des kiwis était paillé. Le jasmin semblait bien résister. Le vent faisait de grandes ombres mouvantes sous les pins. Tout essayait de me dire quelque chose, mais quoi? Trop humaines pour entendre, mes sensations ne me servaient à rien.

Dire que l’on a laissé glisser sans retenir

l’ami parti au loin

l’amie aux mauvais jours

dire que l’on a laissé fuir au plus loin de soi

rêves bleus et soupirs

gris

Dire qu’on a laissé l’herbe entre les cailloux pousser

tourné la tête

fait glisser le souci d’un mouvement d’épaules

Loin des yeux loin du coeur

loin les tourments

le bruit des sabots des jours fous s’éloigne

comme lorsqu’on met des boules Quiès et qu’on entend son coeur battre dedans

c’est lent

Pourtant l’orage gronde le groupe souffle fort l’armée des corps est là

Dire qu’on a laissé glisser autour de nous

dire que j’ai laissé glisser autour de moi

mon monde

comme on laisse glisser ses cheveux sur les épaules sans trop penser à la coiffer

la personne

Puis un temps vient on s’arrête et l’on songe

et surtout on fait

Dire qu’on fait ce geste de la main

pour écrire à l’ami au loin

ou à l’amie des mauvais jours

Le temps passe

Pourvu qu’il passe bien

pour ce petit monde là

fait de replis et de silences

Prière fluette et sourde

dans l’invisible chaos

d’un temps

très ignorant

de nous

Saison des graines

Il y a de futurs petits pois, à l’état de germination, minuscules.

Dans le jardin, c’est la saison des graines. Le temps des récoltes est très loin.

J’échafaude des plans et je tiens de premières résolutions : jouer un peu de piano tous les jours, et écrire mes recettes de cuisine pour me faire un petit carnet tout propre. Le monde se construit d’abord dans un cocon.

Il faut bien que les petits pois viennent de quelque part.