Rêver, et puis passer à l’action

Tel un chat qui poursuit des souris en sommeil, tel l’enfant qui dort sous un arbre à bonbons, j’ai rêvé.

Tel un poussin qui croque un ver en sommeillant, tel un agneau qui tête en dormant à l’étable, j’ai rêvé.

Et me voilà si grande, debout sur les épaules solides de mon emploi du temps. Et me voilà campée sur mes jambes grandies, me voilà dotée de muscles qui fonctionnent, d’yeux qui voient, de diplômes et titres acquis. C’est tellement étrange. Il faut dérouler l’année, y parvenir, tout réussir. Mais il ne s’agit pas d’un défi impossible : c’est dérouler la course pour le champion qui s’est préparé. Dans le calme, sans accroc, développer la puissance mentale accumulée. Les quelques jours de projet, les quelques jours de ceci, de cela, les partages de travaux, l’organisation. C’est faisable. Courage, persévérons. J’ai envie d’être EXCELLENTE. Et de plus EXQUISE. C’est possible. Il y a une boule d’énergie en moi.

Je ne voudrais pas pêcher par orgueil. J’ai toujours peur de ça. Peur de l’ὑβριϛ. Je veux bien être, juste à ma place, un excellent professeur, avec de beaux projets réussis, et une femme exquise, vraiment charmante. Rien de grave. Rien qui offense le ciel, ni les dieux. Je voudrais juste, avec joie et simplicité, dérouler toutes les chances qui j’ai reçues, leur rendre hommage, leur permettre de s’épanouir à leur juste mesure. Tout simplement à ma place.

Finalités du monde ancien

Ayant à la tête et au coeur la ligne flexible de l’horizon marin, ayant à l’esprit la crête des montagnes, ayant en vue le ciel et au pied le chemin, fille des lignes, fille des lignes, sur celle du présent je marche et marcherai, puis plongerai demain dans le monde ancien.

Le monde ancien pourquoi? Le monde entier au coeur? Le monde entier et moi, le monde ancien se meurt. La ligne du présent sur le flux des espaces occupera le ciel sans ligne d’agenda. Fille des lignes, fille des lignes, les lignes tu ignoreras.

Il n’y a pas de but à l’oiseau dans le ciel, il n’y a pas de chute ni d’Icare au soleil. Avoir la tête au coeur et marcher sur les eaux, le ciel est au rêveur le sable des oiseaux. Fille des lignes, fille des lignes, connais combien flexible est l’horizon humain.

Entre deux eaux

Les eaux de montagne, et les eaux des fleuves vert sombre dans les plaines.

L’eau de la pluie, les gouttes à travers lesquelles on court.

L’eau qui manquait, l’eau qui tombe enfin.

Entre deux eaux, se meuvent les sables.

Entre deux courants, entre deux années, s’écoule un petit torrent agité, de cailloux en rivières, de montagnes encaissées en couloirs hasardés au pied des arbres lourds de feuilles.

La mélancolie des jours, c’est regarder leur clepsydre, qui prend toujours la forme qu’on leur donne. Quelle responsabilité que de se faire lit de ses propres heures, doux pouvoir, grave pouvoir, être lit, sol, sable et caillou. Lit de son propre fleuve. Jusqu’à la mer, jamais vraiment désirée, mais qui arrive, inéluctable de sable fin, après les feuillages verts qui nous cachaient.