Je ne sais…

… pas du tout par où reprendre. Je n’ai pas l’intention d’annoncer quoi que ce soit. Ce ne sont pas du tout des retrouvailles. Il n’y a pas ce drôle de goût de continuité, cette impression sucrée d’une conversation qu’on reprend, trois ans plus tard, là où elle avait été laissée, parce que le temps, la vie, les océans parfois nous séparent. Rien de tel. Je me force un peu, mais à peine. Comme un quelconque prédateur opportuniste, j’ai juste, pour une fois, envie de saisir du bout des crocs un peu du temps tentant devant moi, celui qui file comme cette eau courante, celui-là. En fait, je ne reprends pas. Je ne remettrai pas cent fois, sur la table, mon ouvrage. Trop de temps a passé, les digues sont rompues. Je n’ai plus la même voix, ni les mêmes cheveux. C’est fou comme l’environnement nous change. Mon intériorité s’est modifiée, sensible qu’elle est aux paysages. A force de regarder évoluer, de balade en balade, les constructions solides des castors, je ne trouve plus tellement poétiques les constructions humaines. L’éclairage nocturne urbain me laisse assez étonnée, déconcertée, et cet étrange déploiement de couleurs et de messages sur les façades témoigne d’une folie partagée, à coup sûr. Je préfère, sur le sable, voir pousser les mousses, et les nuances de vert qu’elles offrent en hiver. Seuls peut-être les oiseaux me relient aux oiseaux. Ils passent, et moi de même.

Je lis Plutarque. Que n’ai-je fait cela avant.