Journal du néant (et des colères)

D’une part, je ne sais pas trop quoi écrire, et face à ce ventre mou de moi-même, eh bien, je me résous à réinvestir cet espace sous la forme d’une sorte de journal intime – pas exactement un carnet de notes et d’idées, non. Et ne plus écrire de poèmes – en ce moment mes poèmes sont médiocres, et j’en suis à craindre qu’ils ne l’aient toujours été. Et pourtant, j’ai envie d’entendre le petit bruit des doigts sur le clavier, comme hier j’ai fini par lacer mes baskets et repartir courir; d’après l’appli Runstatic, la dernière fois, c’était le mardi 29 août, la veille d’une convocation à Orléans pour rencontrer ma stagiaire, démarrer l’année, puis tout s’est enchaîné et il n’y a même pas eu un jogging. Autant dire que tout ça ne laisse pas vraiment de temps à la rêverie, à l’écriture créatrice et à la réflexion sur le sens que prend ce monde ballotant. J’ai couru avec le chien, il avait plus soif que moi en rentrant, on a couru un peu plus de trois kilomètres, il faut reprendre quelque part, on fera mieux la prochaine fois.

Voilà, j’écris, c’est plat, j’écris le plat, je décris qu’on a vu un lapin, un chat roux qui a grimpé à un arbre, un grand héron planer au-dessus de nos têtes, presque à ras. Le sol était un peu boueux, j’ai couru sur l’herbe à côté du sillon tracé par les promeneurs. Le ciel était moins couvert qu’aujourd’hui (les indications météorologiques sont les pires).

Un nouveau rapport Pisa dit que nos élèves ne comprennent pas ce qu’ils lisent. Je ne suis pas surprise. J’aime trop mon métier pour que tout cela me laisse indifférente, même des statistiques, car je sais qu’il y a des gens derrière, de jeunes gens. Il y a un problème de rapport à la norme : combien de fautes d’orthographe est-il normal de faire par page? Combien de temps est-il normal de consacrer à son travail scolaire, à la maison? Combien de livres est-il normal de lire par mois, en filière littéraire? etc, etc. On ne devrait jamais considérer l’indigence, ou l’ignorance, comme acceptables. Ce devrait être des anormalités, à rectifier par du soutien, des cours, insister, remédier. Ce ne sont pas des singularités ou des originalités auxquelles il conviendrait de laisser libre cours – ça n’a rien à voir avec le développement humain d’idées, d’émotions, de goûts. C’est seulement l’irrespect des codes qui permettent de faire corps, corps social, corps intellectuel, corps politique. Or ça se disloque beaucoup. Ce que je vois. Je décris ce que je vois.