Rareté des mots

J’ai déménagé. J’ai écopé des objets, nettoyé des meubles et des sols, trié des vêtements et classé des livres. Il faudra encore monter des meubles. J’essaie de prendre des repères, nous essayons, ce n’est pas facile mais pas désagréable non plus. Nous avons une cheminée, garante de soirées douces. Ce matin, le chat n’est pas rentré, ce qui m’inquiète un peu. Juste à nos pieds, de l’autre côté de la levée, la Loire s’écoule, mouvante comme le chat, subtile et douce. C’est le creux de l’automne, les eaux basses, les herbes folles sur les rives. Le chien trouve une noix pour jouer. Bientôt j’aurai un bureau, fenêtre sur rêve. Les hérons habitent là aussi. J’aime qu’il y ait des oiseaux. La nuit, le ciel étoilé occupe tout le haut du monde. Il se déroule un monde où les mots sont rares, restent dans ma tête seulement, se formulent entre l’eau du fleuve chargée de sédiments et le ciel dégagé où luisent les pâles soleils. Je trouverai le temps, qui glisse entre les doigts, de déposer ici quelques poèmes, semblables aux feuilles mortes qui jonchent l’herbe du petit jardin. Je sais que mes semblables les ramasseront, et liront dans leurs veinures la carte mystérieuse qui relie l’eau du fleuve au ciel.