Les fractures

Il y a les gens qui savent, et puis ceux qui ne savent pas. Ceux qui ont vécu des événements qui les rendent tristes, ou en colère. Cette deuxième idée, c’est ce que dit Alice Zeniter, dans L’Art de perdre, un livre très documenté et admirable de finesse psychologique. Mais il y a autant de prénoms répétés jusqu’à donner le tournis que chez Dostoïevski!

Les mondes sont séparés, entre les êtres, avec des cloisons aussi invisibles qu’infranchissables. Voilà ce à quoi je songeai, hier.

Retrouver le sourire

Je ne sais plus ce qui m’a pris de croire que je ne sourirai plus jamais. Voilà, ça tire encore un peu, mais c’est derrière moi. Une petite péripétie.

Je développe dans un autre carnet, ailleurs.

C’est trop compliqué d’écrire de façon plus ou moins publique des histoires de pudeur, au sens premier, au sens latin, au sens de honte de soi ou plus précisément de peur de la honte, attachée au corps. C’est trop compliqué de parler des voiles intérieurs, sans le voile de l’intimité vraie.

Renaissances

Petit à petit, je retrouve un sourire, et par là une vie un peu plus souple. L’activité orageuse ne faiblit pas pour autant. L’arrivée des examens me stresse, m’inquiète, m’angoisse. Les lots de copies – comment se concentrer! Petit à petit, je jette les vieilles peaux. J’ai mis à la poubelle un vieux tee-shirt rouge, un mélange de soie et de coton que je portais parfois sous une robe noire sans manches. J’avais acheté ce haut quand j’avais dix-huit ans. Je l’avais reprisé plus d’une fois. Il était assez doux, mais râpé. On ne m’enterrera pas dedans, donc. Il va brûler parmi les ordures du monde. J’invoque donc les Phénix, et vais relire Diderot – Regrets sur ma vieille robe de chambre. Mais non, je ne regrette pas ce geste un peu vif : je veux faire de la place pour un peu de mieux, de nouveauté, et d’air pour faire prendre le feu.