Aphorismes

Comme un coeur qui s’assèche, un ruisseau se tarit, le temps fugue.

A trop regarder les étoiles.

Du lointain vint la paume tremblante des heures.

A trop regarder monter et descendre les fleuves, les herbes sont montées, mauvaises. Cachent la rive.

Du lointain vint le sable des heures.

Comme un coeur qui s’assèche, de la fleur morte tombe les graines.

A trop écouter le vent semer l’automne.

Comme un coeur, comme un fleuve.

Du lointain vint l’eau des larmes et des heures.

Et mon coeur épanchait ses graines sèches, au bord de l’eau.

 

Lenteur et détermination

L’oiseau s’échappe des rets verts

et sombre dans la nuit d’automne;

les saisons lentes,

ceux qui s’enfuient vers le sud et les lacs d’argent de l’Afrique sous le soleil,

les saisons, une feuille après l’autre,

un oiseau, le suivant, le V du vol qui dépasse la nuit,

ils sont déterminés, tous,

à nous montrer

que la mort et la vie

sont une seule et même chose,

merveilleusement lente et circulaire.

Carnage

D’habitude, les promenades quotidiennes sont un pur bonheur, parce que le ciel, la Loire, et les oiseaux. Sur la photo, un de mes coins préférés, dans l’arbre à gauche niche un couple de martins-pêcheurs. C’est toujours un régal d’approcher, d’attendre un peu, et de voir le sillon merveilleux, la ligne bleu-vert étincelant juste au-dessus de l’eau, en approche. Lire là, c’est faire connaissance avec l’aigrette blanche, avec le héron, connaître leurs habitudes. Mais il fait chaud, beaucoup trop chaud. La Loire a encore baissé. Les gens sont fous, qui croient que tout va bien. Hier matin, en plus des poissons morts qui crèvent, faute d’eau, évidemment, le chien a repéré un certain nombre de charognes. Un jeune faisan, dans le coin où il le faisait s’envoler souvent, ventre bombé, crevé, plumes rousses à l’air. Certains lapins, aussi, à force de boire l’eau croupie. Les martins-pêcheurs ne volent plus, ils sont trop tristes, ils ont perdu leurs petits. La maison brûle. Ici, c’est un désastre estival. Sans mon chien, je ne le verrais probablement pas, on en resterait au chemin, à la Loire à vélo et à la carte postale; je n’irais pas dans les sous-bois, là où les animaux crèvent. Parfois, une bouteille de vodka flotte dans ce qui reste de courant; une famille crado abandonne des restes de pique-nique.BordsdeLoire20180722La maison brûle, et les fous dansent, prennent leur voiture ou l’avion comme si ça ne polluait pas, achètent des trucs en plastique, des gadgets qui finiront dans de grandes brûleries, ou enterrés à salir les sols. Ils vont s’acheter des climatiseurs qui réchaufferont l’atmosphère. Ils vont se promener parce qu’ils disent qu’ils ont besoin de nature – et la détruisent. Ils détesteraient qu’on leur interdise tout ça, qu’on leur donne un quota annuel kilométrique, qu’on proscrive la consommation de trucs emballés dans du plastique, ils crieraient à la dictature, mais moi je vois l’inconscience des égoïstes aveugles et fous, et surtout je vois ces déchets-là, au pied des plantes, du bouillon blanc aux hampes jaunes, du millepertuis et des chardons graphiques. Des petits débris mortels et toxiques. Je vois les animaux mourir, mourir en stock, là, depuis quelques jours. C’est le premier été que je vois ça. Franchement, d’habitude, je ne suis pas catastrophiste, loin de là, et je déteste les appels à l’apocalypse. Je ne vote même pas écolo. Mais quand je vois tous ces cadavres, je ne peux m’empêcher de me dire que manque d’eau, eau croupie, polluée, salie, animaux morts, si les gens continuent d’agir comme ils font, ce sont les gens, les humains, les prochains sur la liste. Et de toute façon, déjà, tant d’animaux, c’est trop.