Un poème de Charles d’Orléans

BALLADE V.

     En la forest de longue attente,
Chevauchant par divers sentiers

M’en voys, ceste année présente,
Ou voyage de Desirirs.
Devant sont allez mes fourriers
Pour appareiller mon logis
En la cité de Destinée ;
Et pour mon cueur et moy ont pris
L’ostellerie de Pensée.


     Je mayne des chevaulx quarente
Et autant pour mes officiers,
Voire, par Dieu, plus de soixante,
Sans les bagaiges et sommiers.
Loger nous fauldra par quartiers,
Se les hostelz sont trop petis
Touteffoiz pour une vesprée
En gré prendray, soit mieulx ou pis,
L’ostellerie de Pensée.


     Je despens chascun jour ma rente
En maintz travaulx avanturiers,
Dont est Fortune mal contente
Qui soutient contre moy Dangiers ;
Mais Espoirs, s’ilz sont droicturiers
Et tiennent ce qu’ilz m’ont promis,
Je pense faire telle armée,
Qu’auray, malgré mes ennemis,
L’ostellerie de Pensée.


ENVOI

     Prince, vray Dieu de paradis,
Vostre grace me soit donnée,
Telle que treuve à mon devis,
L’ostellerie de Pensée.

Je ne sais pas combien de fois…

… j’ai commencé des textes.

Mais j’ai un nouvel ordinateur, et il appelle un nouveau texte.

Alors, je l’ai commencé.

Sobrement, et sans aucune allusion à quelque prédécesseur que ce soit, illustre ou non, je l’ai provisoirement intitulé Les Essais.

Après tout, il n’y a pas de copyright, pour les titres.

Et je suis une lectrice avant tout.

Il est temps de l’écrire.

Voilà.

Le monde se vide

Dehors, le soir, il n’y a plus de gens.

Les concerts commencent tôt, dans une salle qui donne une impression de vide : il y a des sièges libres entre les spectateurs.

Il n’y a pas vraiment d’histoire à raconter, pas de rencontres, pas de sourires complices. Le concert, lui, fut très réussi : les oreilles sont libres, elles, et les sons circulent, eux.

C’est ainsi, fatalité de l’épidémie, nécessité de réduire les risques, la peste, loimos en grec, tout ça, tous les mythes d’autrefois et la surprise de vivre cela un jour, donc, et ça dure, bien sûr – ça ressemble à la vie normale, mais en moins. Moins de gens, moins d’activités, moins de rencontres. Il y a de la vie quand même, surtout dehors, dans la nature. Les écureuils s’agitent beaucoup dans les arbres, en ce moment, et préparent l’hiver avec frénésie. Les noix, les glands, les noisettes craquent sous les pieds des promeneurs. Les écureuils me rappellent que tout le reste n’est qu’un épiphénomène à l’échelle du cycle des saisons. Et eux, je ne parviens pas à les photographier : ils bougent sans cesse. En revanche, le monde qui se vide et s’immobilise ressemble, c’est un symbole, à ceci. Une image pour dire le silence.